Yves Rocher est un poids lourd en France dans la distribution de cosmétiques (jusqu'à présent non bio !). Chaque année, le groupe Yves Rocher fabrique 300 millions de produits qui ont rapporté 1,3 milliards d’euros en 2007 avec 40 millions clientes dans le monde. Ce distributeur avec 1600 boutiques (dans 80 pays) est aussi fabricant et récoltant. Quand on sait que les matières premières (bio) sont extrêmement convoitées, et qu'il n'y en aura pas pour tous, étant donné l'explosion du marché et la multiplication des marques, on mesure alors le potentiel de développement de cette enseigne qui amorce son entrée sur la marché de la bio avec la gamme Culture bio Yves Rocher prévue pour octobre.

Le Groupe prépare son "come back" avec un nouveau logo début 2009, un PDG plus jeune (le petit fils du fondateur du groupe familial), Bris Rocher, une nouvelle stratégie de conquête, un déménagement d'une partie des 4000 salariés pour regrouper les forces commerciales du groupe à proximité de la gare de Rennes, le re-lookage du réseau boutiques en ateliers de cosmétique végétale plus glamour, (ouverture le 02 octobre du prototype à Boulogne (Hauts-de-Seine) et rue de Charenton à Paris), les changements de la carte de fidélité et un premier pied dans la bio à l'automne dans 6 pays (avec le rachat de Terre d'Oc pour son savoir faire et le lancement de sa propre gamme dont le Groupe escompte qu'elle atteignent 7 % de ses ventes de soins visages et ce dès 2009 ).
Coté boutiques, le re-lookage s'appuie sur la réorganisation autour de 3 espaces :
  • La "serre" sera dans l'esprit de la récolte du jardin, avec une dimension qualifiée de "sensuelle et gourmande"
  • Le "laboratoire" présentant les soins avec l'accent sur le bienfait des plantes
  • Et l'"heure végétale", nouveau nom de la partie institut
Un retour à l'esprit du premier établi de métier du fondateur...Accentué aussi par l'arrivée du brun dans le logo, de quoi insister sur l'attachement à la Terre et à l'activité de producteur récoltant.



Crédit Photo : Yves Rocher

A la Gacilly, où le groupe dispose de 40 hectares cultivés en bio à La Gacilly, et assure la fabrication de ses produits sur place, un hôtel aux normes HQE (haute qualité environnementale), une sorte d'Eco-hôtel de 29 chambres d'un standard trois étoiles va permettre de développer sur place le potentiel réceptif autour de l'image du développement durable.

Pour mémo, Yves Rocher c'est la force d'un groupe détenant aussi 7 autres marques (Daniel Jouvance, Docteur Pierre Ricaud, Petit Bateau…) pesant au total quelques 2 milliards d’euros.

L'année 2009 va-t'-elle être celle de la révolution dans le bio ? On commence à ressentir les prémisses des rachats qui vont, je pense, s'accentuer. Les Grands groupes surveillent et ont commencé à se positionner : L'Oréal a racheté sanoflore, Clarins a investi dans Kibio, Estée Lauder a lancé Origins Organic, l'Occitane est entrée au capital de Melvita.

Face au boom de la cosmétique bio, les réseaux de distributions s'élargissent : les parfumeries spécialisées s'y mettent aussi (Séphora diffuse sa propre gamme Sephora Green Connection, et Marionnaud s'y lance aussi avec l'aide de Phyt's) et les cosmétiques bio arrivent en grandes surfaces, soit sous de nouvelles marques comme Kuomayé ou So Bio du groupe Lea Nature, soit directement sous la marque distributeur comme Carrefour agir ici. Même les coiffeurs s'y mettent : St Algue lance sa gamme de soins capillaires bio.

On se dirige tout droit vers une bio à deux vitesses : Et oui, si les produits vendus en grandes surfaces sont aussi certifiés cosmétique biologique par Ecocert, on regardant de plus près les étiquettes on constate que des ingrédients (moins couteux mais de moindre qualité) encore tolérés par l'organisme certificateur sont présents là où les marques plus rigoureuses s'y refusent. Un bio avec des exigences de qualité différentes réunis sous un même label ? Voilà qui n'aidera pas le consommateur à s'y retrouver.

Que penser aussi de la pérennisation des filières faisant appel aux savoirs faire des petits producteurs ? Rappelez vous le reportage de l'ONG l'Homme et l'environnement sur les plantations de Madagascar Les matières premières sont au coeur du débat, et les grands groupes devraient profiter de leur poids financier pour faire émerger des solutions durables.

Dans tous les cas, coté consommateur, il est essentiel de garder à l'esprit qu'adopter la cosmétique bio au quotidien c'est aussi changer ses pratiques d'achats et de consommation. Nous avons en moyenne une vingtaine de produits par personne dans sa salle de bains et c'est beaucoup trop ! Une marque engagée c'est aussi une marque qui invite à réduire sa consommation, moins de matières premières consommées, moins d'énergie utilisée, moins de déchets à traiter ....

Est ce aussi votre vision ?