Les médecins le reconnaissent, les pesticides sont nocifs pour la santé. Face à une hausse des maladies chroniques, ils se mobilisent pour exiger de revoir les autorisations sur l'usage des pesticides. Un appel signé de 1200 médecins a été présenté le 30 janvier 2014. Pour eux, il est évident que les preuves s'accumulent contre les substances chimiques en forte augmentation (pesticides et perturbateurs endocriniens), à mettre en corrélation avec le développement des cancers (dont celui de la prostate), du diabète, de l'obésité, des allergies, mais aussi des troubles hormonaux, infertilité et puberté précoce, des maladies neurologiques, ... L'Inserm, dans son expertise publiée en juin 2013, rappelait dernièrement que «près d’un millier de molécules ont été mises sur le marché en France ; les risques liés à ces molécules ne peuvent être évalués faute de données toxicologiques et épidémiologiques suffisantes.» Des données existent démontrant le lien entre l'exposition professionnelle aux pesticides et le risque accrue de certaines pathologies, telles que la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate, cancer du sang (leucémie), certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélomes multiples) mais aussi des fausses couches, malformations congénitales, des tumeurs au cerveau, des atteintes qui touchent le développement des neurones, des malformations cardiaques...Les médecins des Antilles ont également signé cet appel, étant fortement touchés par la présence de la chlordecone notamment. L'ensemble de nos sols est contaminé, du fait de notre consommation championne du monde de pesticides, (90 % est pollué par les organophosphorés). Nos corps ont ingéré ces poisons. En Bretagne, une étude de 2009 portant sur l'analyse des urines des femmes a démontré que seulement 1.6 % ne contiennent pas de traces de pesticides ! Même à petite dose, ils agissent sur notre corps avec un effet cumulateur et un effet cocktail. De plus, leurs effets impactent plusieurs générations !

la petition des médecins contre les pesticides

Aujourd'hui nos lois européennes ne nous protègent pas suffisamment. S'il existe des données, aucune méthode n'a été validée à ce jour, à l'échelle de l'Europe, pour affirmer de manière irrévocable qu'un pesticide est bien un perturbateur endocrinien. Alors, pour protéger leurs patients, qu'ils soient agriculteurs ou simples consommateurs, ces médecins signataires de l'appel demandent à l' Etat Français :

1) De reconnaitre de nouveaux tableaux de maladies professionnelles agricoles dont l’apparition est liée à l’exposition aux pesticides.

2) De protéger la population :

  • En cessant les épandages aériens : L'Europe les a interdit mais ponctuellement les Préfectures peuvent y déroger.
  • D'imposer des restrictions pour réduire les risques aux abords des habitations
  • De séparer les activités de conseil et celles de ventes des pesticides notamment auprès des agriculteurs
  • D'interdire leur usage dans les espaces non agricoles. De nombreuses communes s'en passent très bien, il suffit de généraliser ces bonnes pratiques. Selon le dernier projet de loi (vote le 23.01.14), l'interdiction totale des pesticides est reportée en 2020 et la commercialisation des pesticides pour les particuliers interdite en 2022.
  • D'indiquer sur l'étiquette d'un produit alimentaire, les pesticides qui ont été utilisés pour la culture et la fabrication
  • De s'engager à très court terme à supprimer tous les résidus de pesticides perturbateurs endocriniens dans les produits que nous consommons


l'épandage aérien de pesticides en France

3) De garantir la protection des consommateurs et agriculteurs, ainsi que la préservation de l'environnement, lors de l'attribution de l'autorisation de mise sur le marché des pesticides. Le collectif demande que des laboratoires indépendants, désignés par l'ANSES, puissent faire des tests règlementaires préalables, à la charge des demandeurs. Et qu'ensuite, l'autorisation de mise sur le marché, soit prononcé conjointement par les ministères de la santé, de l'agriculture et de l'environnement. A consulter sur le site du ministère de l'agriculture actuellement une liste de 17 demandes de mise sur le marché de pesticides soumises à la consultation du public jusqu'au 19 février (http://agriculture.gouv.fr/Note-de-presentation-des-projets,23751)

4) D'assurer au niveau européen, la défense :

  • "De l’assimilation des perturbateurs endocriniens à des substances sans seuil pour que les perturbateurs endocriniens avérés (catégorie 1) et fortement suspectés (catégorie 2) soient couverts sous le régime réglementaire de la substitution obligatoire et les perturbateurs endocriniens faiblement suspectés (catégorie 3) fassent l’objet d’une vigilance ou de restrictions dans leurs usages (produits alimentaires par exemple).
  • De leur caractérisation par des tests toxicologiques recherchant des effets à faibles doses et par effet cocktail (tels que préconisés par le rapport Kortenkamp (11) pour la commission européenne)".

5) De donner la possibilité à l'ensemble de la population de choisir une alimentation bio, en augmentant les surfaces agricoles sans pesticides.

les cours d'eau pollués par les pesticides

En savoir plus :

1) Le texte de l'appel des médecins: http://www.alerte-medecins-pesticides.fr/ (dont déjà 37 médecins en pays de la loire, la liste ici http://www.alerte-medecins-pesticides.fr/?page_id=544 ). Chacun pouvant inviter son médecin à rejoindre l'appel !

2) Le Rapport du Sénat, octobre 2012 (www.senat.fr), "Pesticides, vers le risque zéro", reprenant 5 constats alarmants :

  • Sous évaluation des risques et dangers des pesticides sur la santé
  • une autorisation de mise sur le marché (et le suivi ensuite) des pesticides qui nécessite une révision de sa procédure.
  • Face aux dangers et risques, pas de protection à la hauteur
  • La nécessité de mieux cerner les limites des modèles et des pratiques industriels, commerciaux et agricoles.
  • La révision du Ecophyto 2018 : La quantité des pesticides devait être divisé par 2 d'ici à 2018, sauf que le constat actuel est une augmentation au lieu d'une réduction