La France jusqu'à présent championne du monde du recours aux pesticides, entame un nouveau tournant avec le déploiement de la lutte biologique, dans les champs et dans les espaces verts publics. Les champignons, bactéries, phéromones et insectes sont reconnus désormais comme aussi efficaces et surtout non polluants. Cette pratique attise des convoitises. Les géants de l'agrochimie, Monsanto, Bayer, BASF s'intéressent de très près à ce marché en pleine croissance, qui représenterait 1.6 milliard d'euros chaque année. Depuis 2012, ils rachètent des entreprises spécialisées dans les traitements biologiques : AgraOuest est passé dans le giron de Bayer, BASF s'est emparé de Becker Underwood (un pro des technologies de semences enrobées de micro-organismes), Monsanto s'est associé à Novozymes (leader des enzymes alimentaires et industrielles). Preuve de son intérêt pour le bio : sa branche des semences fruits et légumes OGM est délaissée au profit de la restauration de pratiques ancestrales, des croisements, semblables à ceux pratiqués depuis des lustres par les paysans. Les enjeux sont désormais de renforcer l'avance que possède la France dans le bio contrôle sans se faire dévorer tout cru par ces mastodontes de l'agrochimie. Pour anticiper d'éventuels rachats, le gouvernement prévoit une réunion de concertation avec l'ensemble de la filière du biocontrôle et de l'agro-écologie, courant mars. Les pépites françaises comme Biotop (fabrication industrielle d'insectes auxiliaires de culture), Goëmar (solutions alternatives aux pesticides à base d'algues) et Agrauxine (auteur d'un bio-fongicide pour lutter contre les maladies du bois de la vigne) sont les têtes de pont d'une filière de TPE et PME innovantes, employant plus de 4000 salariés, que l'IBMA France, (International Biocontrol Manufacturers Association) voudrait bien préserver. Des actions rapides semblent nécessaires pour permettre à ces acteurs de résister, quitte à nouer des alliances renforcer leur présence sur les marchés internationaux.

lutte biologique monsanto

Il y a de quoi s'inquiéter quand on connait la force de frappe de Monsanto. En fin d'année 2013, des agriculteurs bio dont les cultures avaient été contaminées par des OGM se sont vus en plus redevables à Monsanto, qui garde le droit de les poursuivre en justice, contre des violations de brevet. La cinquantaine d'agriculteurs bio a été débouté par la cour d'appel fédérale américaine, au profit du leader des OGM et pesticides. Le lobbying Monsanto est puissant.

Et le consommateur, il en pense quoi ?
Aujourd'hui les français saturent des pesticides qui envahissent les assiettes. Ils refusent les OGM et demandent de la transparence. Le rondup tant pulvérisé sur les pelouses pour traiter les mauvaises herbes, a été reconnu dangereux pour la santé en 2009 (cf article Rondup dangereux). Face à des risques et des symptômes qui ne cessent de s'accroitre, en 2014, les médecins se mobilisent pour dénoncer l'impact sur la santé de ces entrants chimiques (cf l'appel des médecins contre les pesticides) Bref, le retour des coccinelles dans les champs, le développement de l'agro écologie chère à Pierre Rabhi, et les légumes anciens, ça nous va bien !

Sources :
http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/quand-monsanto-se-met-au-bio-paris-s-inquiete-30-01-2014-3542913.php
http://www.laterre.ca/cultures/monsanto-plutot-quaux-producteurs-bio/
http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/7414/usa-monsanto-fait-payer-des-amendes-aux-agriculteurs-bio http://www.wired.com/wiredscience/2014/01/new-monsanto-vegetables/ http://news.monsanto.com/press-release/corporate/monsanto-and-novozymes-team-provide-sustainable-bioagricultural-solutions