Nous entendons souvent parler de la chasse aux bactéries. A coup de grand renfort d'eau de javel on s'efforce de retirer les bactéries de la maison. A coup d'antibiotique on s'acharne parfois. Et pourtant, ces bactéries ne sont pas des ennemies. Les détruire c'est nous mettre en danger. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous commençons à en savoir plus sur le microcosme qui nous irrigue. Et oui nous sommes fait de bactéries, et pas qu'un peu ! Nous savions que notre corps était composé à 90 % d'eau, nous apprenons aujourd'hui que notre corps est composé de 10 fois plus de bactéries que de cellules humaines ! Comme le précise Jeremy Narby (anthropologue) "Plus de la moitié de moi-même, ce n’est déjà pas moi-même". Si notre corps était une planète alors il serait habité par 10 % d'humain et de 90 % d'étrangers. Mais à quoi servent donc ces bactéries dans notre organisme ? Certaines sont utiles pour nous aider à synthétiser nos vitamines par exemple. Mais l'influence peut aller beaucoup plus loin : dans le documentaire d'Arte, nous apprenons que le ventre notre deuxième cerveau, abrite une "colonie spectaculaire de cent mille milliards de bactéries dont l’activité influence notre personnalité et nos choix, nous rend timides ou, au contraire, téméraires" (cf http://future.arte.tv/fr/le-ventre). Nous vivons en dépendance totale avec des bactéries. Selon l'article "La coopération du vivant" (Inexploré n°21) les cellules de notre corps (qui composent nos tissus) qui ne sont pas des bactéries, sont en fait le résultat de la fusion de bactéries ensemble ! Décidément, sans la bactérie que serions nous ? Notre "microbiote" (ce terme décrit l'ensemble des micro-organismes qui vivent sur un être vivant) est un actif, vivant et riche ! Il est en nous, autour de nous, depuis notre naissance jusqu'à notre mort. Alors que dimension collaborative irrigue notre nouvelle manière de consommer, nous constatons que cette manière de coopérer fait partie intégrante de nos entrailles ! Notre santé semble en dépendre. Et voilà que naissent de nouvelles préconisations : remplacer la viande par des protéines végétales et c'est la flore intestinale (microbiote des intestins) qui se transforme en deux jours seulement. Dès les premières instants de vie, l'enjeu du microbiote s'affiche : la question de la césarienne (de confort) pourrait se poser, en tant que facteur à risque d'obésité et de maladies de peau. A l'inverse, l'accouchement naturel développerait le bon microbiote. Aujourd'hui avec cette approche c'est aussi un espoir de traitement pour les personnes touchées par la maladie de Crohn, l'autisme, le diabète, ...

Bactérie mon amie

A force d'utiliser des antibiotiques dans les élevages, aujourd'hui un quart des poulets et dindes vendus aux supermarchés est contaminé par les bactéries résistantes, selon la dernière enquête UFC Que Choisir ! Souvent utilisés dans les élevages, à faible dose, pour stimuler la croissance, accroitre le poids des bêtes et donc le rendement. Sauf qu'en mangeant ces aliments, notre corps se met lui aussi à fabriquer des résistances. 25000 personnes meurent chaque année en Europe à cause de bactéries résistantes. Notre organisme est vivant et il s'adapte aux agressions en fabriquant de nouvelles armes, de nouvelles bactéries qui se transmettent ensuite. Et demain guérir d'une simple cystite pourra être beaucoup plus difficile, l'infection ne pouvant plus être guérie par des médicaments antibiotiques, du fait de ce schéma de résistance qui s'installe. Revendiquée initialement par les acteurs du bio, l'idée qu'un bon équilibre microbien assure plus de sécurité au milieu que l’aseptisation à tout prix commence à marquer des points. A l'hôpital, dans les élevages et même chez les fabricants de cosmétiques, la politique de désinfection, la défense de la stérilité microbienne...est en train d'être chamboulée.

fabrication cosmétiques à base de bactéries

Et si le changement de paradigme était pour bientôt ? Dans le secteur de la cosmétique en tout cas on y travaille. L'observatoire des cosmétiques a publié un article "bactérie, mon amie..mon avenir cosmétique" présentant un éclairage nouveau sur la profession : "si l'optique devient sa préservation, et l'intention de protéger les bons germes en évitant les mauvais, cela pourrait d'abord éclairer d'un jour totalement nouveau le débat du "sans conservateur" dans le secteur cosmétique. Voire remettre en cause certaines pratiques industrielles, quand les conservateurs servent davantage à protéger des contaminations durant le processus de fabrication que le produit durant son utilisation par le consommateur…. " Alors fini le débat sur le triclosan, (bactéricide contesté car il peut engendrer des substances cancérigènes, les nitrosamines) ? Fini les applications à répétition de gels hydro-alcooliques pour aseptiser ses mains ? Fini le gommage hebdomadaire qui perturbe profondément l'homéostasie de la peau (qui mettra plus de 30 jours à s'en remettre)...et tant d'autres gestes qu'il va nous falloir revoir ?. Moins de décapage, moins de toilette ? Et si il s'agissait de s'adapter à la spécificité de chaque microbiote ? Adieu la classification en peaux grasses, sèches ou normales ? Fini la cosméto stérile ? Et pourquoi pas demain une crème aux bactéries pour soutenir la vitalité de l'écosystème de l'épiderme ? Aux USA un dentifrice aux bactéries contre les caries est déjà en vente. Au sein de la Cosmetic Valley, le projet Ecosmetic vise à sélectionner des ingrédients dans lesquels des germes peuvent se vivre pendant des mois. Stimuler la vie dans le pot de crème plutôt que de s'efforcer de rendre la composition stérile. Un revirement prometteur ! Et voilà le concept de "l'immuno-cosmétique" qui apparait. Par sa superficie, la peau est l'organe le plus important du corps. C'est aussi une barrière qui sépare le soi des autres. C'est le prolongement de sa sensibilité intérieure. C'est par la peau que l'on transpire, que l'on évacue. C'est un organe sécrétoire (comme l'épithélium intestinal), qui permet d'éliminer. La peau permet les échanges et la régénération. Le cosmétique, qui par définition, s'applique sur le derme, pourra t il demain devenir un support précieux pour sa santé, en aidant concrètement à renforcer les défenses de l'organisme ?

Un vaste champ d'exploration s'ouvre sur le marché de la cosmétique, bio par nature !