Le 27 novembre dernier, au théâtre foirail de Chemillé, capitale française des plantes médicinales, une projection du film Il était une forêt, sorti en 2013 et réalisé par Luc Jacquet (connu pour ses films documentaires tel que : La marche de l’Empereur et Le renard et l’enfant) était organisée. C’est à cette occasion que nous avons pu interviewer Francis Hallé, Botaniste et biologiste, initiateur du film.

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C.H. : Comment êtes-vous devenu botaniste ?

F.H. : Lorsque l’on est enfant, on a un intérêt spontané pour la nature, les animaux. En ce qui me concerne, petit à petit, les plantes ont pris le dessus. Elles m’ont toujours fasciné : silencieuses, immobiles, inattendues et pourtant si prodigieusement vivantes ! C’est comme cela que je me suis spécialisé dans l’étude des arbres et des forêts tropicales humides.

C.H. : Comment vous est venue l’idée de faire un film ?

F.H : Lorsque je démarre mon activité dans les années 60, les forêts primaires équatoriales paraissent inépuisables et invincibles. Aujourd’hui, les forêts primaires (forêts âgées de plus de 7 siècles) ont toutes disparu de la surface de la terre ! Je souhaitais garder des images pour nos enfants, tant qu’il en est encore temps.

C.H. : Comment s’est déroulé le tournage ?

F.H. : Le tournage a durée 4 ½ mois. Il nous fallait trouver des forêts équatoriales et qui plus est accessibles par l’équipe de tournage. Ce ne fut pas chose facile et nous nous sommes rendus au Gabon et au Pérou. Il n’était pas rare d’entendre le bruit des tronçonneuses juste à nos côtés alors que nous étions en plein tournage. La situation est très alarmante.

C.H. : Comment empêcher les problématiques observées dans le film ?

F.H. : Les forêts sont abattues pour le négoce des bois exotiques. Il est essentiel de connaître l’origine des bois avant d’acheter un parquet, des meubles, etc. Malheureusement des labels tel que le FSC ne protègent que les forêts nord-américaines et nord européennes, qui ne sont pas les plus menacées. Par contre, certains pays, comme le Costa Rica, ont mis en place des plantations commerciales ayant pour vocation de répondre à la demande de teck tout en contribuant au développement forestier durable.

http://www.fao.org/docrep/x4565f/x4565f06.htm

CH. : Pouvons-nous aussi agir en France ?

FH. : La forêt a souvent été représentée comme l’enfer, le danger, la peur. Or elle n’est pas si hostile ! Elle représente même un véritable intérêt collectif ! La surface supérieure de la forêt, appelée aussi Canopée, est un capteur solaire hors pair dont dépend le bon fonctionnement de la forêt. Les feuilles en surfaces sont ainsi 4 fois plus riches en molécules biochimiques que dans les sous-bois. C’est une richesse pour le monde pharmaceutique, biologique et donc pour la médecine.

http://fr.mongabay.com/rainforests/1007.htm

Dans le domaine agricole, il faut comprendre que notre mode de culture est un héritage de la civilisation romaine qui a toujours dissocié agriculture et forêt. Il nous faut donc changer notre façon d’aborder la forêt, et pour cela une association a été créé : AFAF afin de promouvoir l’agroforesterie dont la journée nationale vient de se déroulée le 1er décembre dernier. Mal connue, l’agroforesterie présente de nombreux avantages.

  • Economiques : elle renforce la compétitivité du secteur agricole et améliore la rentabilité des exploitations.
  • Ecologiques : les systèmes agroforestiers permettent de protéger la biodiversité, de contribuer à la lutte contre le changement climatique, d’assurer une gestion plus durable des ressources en eau ou encore d’empêcher l’érosion des sols.

http://www.agroforesterie.fr/actualites-agroforesterie.php

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Il est tout à fait possible de vivre en harmonie avec les arbres. Avec le livre : Du bon usage des arbres, plaidoyers à l’intention des élus et des énarques, vous apprendrez à vivre au quotidien aux cotés des arbres !

http://www.actes-sud.fr/catalogue/parcs-et-jardins/du-bon-usage-des-arbres