organic-cotton1.jpgLa Paris Fashion Week s'est terminée il y a une petite dizaine de jours et quelques voix déplorent le manque de considération environnementale de la haute-couture. Si l’on omet Stella McCartney, la plus connue des créatrices engagées, les ambassadeurs de la haute-couture éthique sont souvent de jeunes créateurs, biberonnés aux enjeux écologiques et souvent inspirés par leurs voyages ou leurs cultures, mais peu mis en avant. Une questionne taraude alors : faut-il laisser la mode éthique aux podiums, surtout de haute-couture ? Ne devrait-elle pas plutôt envahir les rues, afin qu’un second Rana Plaza ne se produise jamais.

Au coeur de la fibre, les enjeux pour la planète

Le terme de mode éthique véhicule surtout la notion d'équité des salaires, de développement économique social, de coopération Nord-Sud, alors que c'est beaucoup plus que cela! En effet la mode éthique c'est aussi préserver la planète et notre santé! Au niveau environnemental, comme pour l'agriculture bio et l'alimentaire, les cultures permettant de fabriquer les matières premières bio n'utilisent pas de pesticides ou ne nécessitent pas autant d'eau. Parfois, il s'agit également de trouver un usage pour ce qui était considéré comme un "déchet" après la récolte.

oeko_tex.jpgMais le plus effrayant est l'impact sur la santé des composés chimiques qui se trouvent sur nos vêtements, pour les rendre plus beaux, plus imperméables, infroissables, mieux apprêtés... Perturbateurs endocriniens ou substances allergisantes, l'industrie textile utilise des produits chimiques toxiques pour ceux qui portent ces vêtements.

La certification Öko-Tex (ou Oeko-Tex) a été mis au point au début des années 1990 pour répondre au besoin des consommateurs et du grand public de trouver des textiles sans risques pour la santé.

Choisir les matières premières

organic-bamboo-fiber.jpgLe premier point quand on décide de s’habiller “éthique” est bien évidemment de sélectionner soigneusement les fibres textiles utilisées pour fabriquer un vêtement. Les plus connues sont les viscoses d’origines végétales :

  • le coton bio : gourmand en eau, mais moins que le coton conventionnel qui utilise aussi beaucoup de pesticides, la culture du coton est peu onéreuse et simple. Les designers peuvent également créer de nombreux modèles, basiques, faciles d’entretien, mais sont limités par les teintures (procédés polluants).
  • le bambou : intéressant par sa croissance rapide, sa haute résistance et des apports en eau minimes, les procédés pour transformer le bambou en fibre textile de manière rapide utilisent pourtant de nombreux adjuvants chimiques et polluants. Il existe des procédés peu chimiques mais très longs… donc un prix plus élevé (voir notre article).
  • le pin : fabriquée à partir de l’écorce (recyclée) du pin suite à son élagage dans les scieries, la viscose (ou microfibre) de pin possède les propriétés isolantes du bois. De ce fait, c’est un matériel écologique, agréable à porter et facile d’entretien. Seul souci, comme le bambou, encore faut-il que les procédés d’extraction soit peu polluants.
  • le chanvre : tombé en désuétude face à la concurrence du coton et des fibres synthétiques, c’est pourtant en chanvre de Nîmes que furent cousus les premiers jeans (d’où le “denim”) ! Heureusement, la culture du chanvre à fibres revient peu à peu en France, notamment pour le textile mais aussi la construction, la cosmétique ou le papier.
  • la banane et l’ananas: encore très peu utilisées, les fibres de bananes ou d’ananas ont pourtant des propriétés intéressantes pour l’industrie du textile. L’acaba (fibres du bananiers) est naturellement imperméable, et les fibres d’ananas posséderaient les mêmes propriétés que le cuir, pour une vraie alternative végétale au cuir “animal”. Ces deux fibres sont par ailleurs écologiques. En effet, il s’agit de récupérer des fibres qui seront jetées ou brûlées après les récoltes.

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Haro sur les fibres animales?

Les matières d’origines animales portent plus ou moins à caution, notamment pour les personnes véganes. On parle souvent de la fourrure des animaux comme le lapin, le renard, le vison, les bébé phoques, mais aussi du chat et du chien, souvent vendus par les grossistes chinois comme du lapin, où les animaux sont tués pour leur peau. Que penser alors de la laine de mouton ou d’alpaga, où l’animal est certes tondu, mais pas torturé, ou encore de la soie (souvent obtenue en ébouillantant les bombyx, sauf chez la marque de lingerie française Peau Ethique), et surtout du cuir ? Il faut savoir que le “Cuir Végétal”, vanté par de nombreuses célébrités, est un terme trompeur qui désigne un cuir animal, mais tanné de manière végétale.

Par opposition, l’idée de filer les sous-poils de chiens (voire de chat) pour en faire de la laine est une idée qui semble tout à fait écologique, unique et indolore pour l’animal ! A Plougerneau, en Bretagne (là d’où vient une partie de ma famille) une passionnée de chiens propose de filer et/ou tricoter les sous poils de chien en vêtements ! Depuis les initiatives fleurissent sur internet!

Vérifier les provenances

Après la fibre, il faut regarder la provenance. Ce n’est pas évident de rester éthique, quand on sait qu’il ne reste que de rares marques à produire et fabriquer en France, à l’instar de 1083, qui vous assure que votre jean sera fabriqué à moins de 1083km de chez vous! Slide_Jeans.jpg L’intérêt de faire confiance à une marque de “mode éthique” est qu’elle s’engage - pour vous - à limiter son impact environnemental en faisant le choix de fibres textiles et en rémunérant de manière équitable ses employés. Ce sont souvent des coopératives de femmes (pour le filage et la couture) dans des pays en voie de développement, dont les salaires boostent littéralement le tissu économique local, mais surtout le niveau d’éducation de leur(s) enfant(s)! Néanmoins, des marques grand public s’engouffre dans le bio ou l’écologique, comme le précurseur de la responsabilité environnementale Patagonia, H&M et son programme anti-gaspillage de mode, ou C&A devenu en 2014 le plus gros acheteur de coton bio (40% de la production mondiale et 130 millions de pièces en coton bio vendues).

Entretenir, préserver, recycler...

Cependant, il serait réducteur de penser la mode éthique au seul niveau des créateurs et des revendeurs. Par exemple, une personne qui entretient ses vêtements, en prend soin, les répare, voire les transforme au fur et à mesure de leur usage, n’agit-elle pas également pour une “mode éthique”? En n’achetant pas de nouvelles pièces à chaque collection, elle préserve les ressources et ne crée pas de déchets, et c’est écologique. De la même manière, mon amie qui se fournit principalement en recyclerie, dans les magasins vintage et chez Emmaüs, devient un acteur de l’économie sociale et solidaire. C’est admirable et certainement tout aussi “mode éthique” que si elle n’achetait que des fringues neuves chez des marques bio!

89af311924f40ab45235248a240665ce.jpgLa vie se charge d'user petit à petit nos vêtements, mais il y a quelques astuces pour les entretenir sans les défraichir lors des lavages!
Voici quelques exemples :

  • utiliser des produits écologiques... la base!
  • laver à basse température dès que possible. Pour les textiles sombres, une lessive "lainage" respecte aussi bien les fibres des lainages que le noir.
  • attendre que la machine à laver soit "pleine" afin de ne pas démultiplier les lessives (et économiser l'énergie)
  • vérifier la tenue des couleurs avant de flinguer une tournée complète de linge! Pour éviter que le nouveau t-shirt (ou autre textile) ne déteigne, il est préférable de vérifier la tenue des couleurs avant le 1er lavage. Le procédé est hyper simple : faire tremper le linge dans une bassine avec de l’eau et la lessive utilisée habituellement. Si l’eau se colore fortement, laver séparément la 1ère fois !
  • laver une première fois tout nouveau vêtement, surtout si il ne dispose pas de la garantie Oeko-Tex (certification référence pour garantir l’innocuité du vêtement), afin de les nettoyer de la poussière accumulée ou des produits toxiques qui pourraient l'être.
  • ne jamais surdoser! En effet, plus de lessive dans la machine ne détachera pas plus ou mieux, et l'inconvénient est que cela vous coutera plus cher ! Dans le cas de linge très sale, il faut mieux appliquer un détachant avant lavage, en gel ou spray en fonction du type de tache.

En parlant de lessive, savez-vous pourquoi toutes les lessives bio ont un délicat parfum de lavande ? L'HE de lavande possède un parfum naturel qui repousse les parasites (mites, poux etc.)…mais cela ne suffit pas toujours! Au besoin, il faut protéger avec effectivement pièges à mites textiles, et ce toute l’année! panier_a_linge.JPG