Koyo-nara-momiji_2015.jpgEn France, on est champion au moins d'une chose : la mésestime de soi! On entend dire que tout est mieux ailleurs et pire, on le croit. Dans l’inconscient collectif, le Japon est le pays du zen, du minimalisme, de la méthode KonMari pour le rangement, des tawashi, des collectifs de citoyens-ramasseurs de poubelles ; un pays où contempler la nature fait partie intégrante des mœurs. Bref, un pays respectueux de la nature !

Pour autant, le Japon est-il un eldorado de l’écologie ? À l’occasion d’un nouveau séjour, on fait le point sur les habitudes.

Un point de culture

Il semble que pour comprendre les différences culturelles et écologiques entre la France, l’Europe et le Japon tient dans un mot « Kirei ». Ce mot fort agréable à prononcer signifie à la fois « beau » et « propre ». Si ce qui est propre est beau, il en est de l’inverse : ce qui est beau EST propre. Peu importe qu’une surface ou une personne soit correctement nettoyée ou lavée, si l’apparence est belle, c’est forcément que c’est propre. Ce culte de l’apparence pousse les Japonaises à se tartiner littéralement de produits cosmétiques, obstruant les pores et plein de saleté pétro-chimique ; quant à faire la vaisselle, je n’ai jamais trouvé moins efficace que la plupart des éponges japonaises (hors tawashi, que je cherche encore !).

Le tri sélectif : les déchets, c’est ok !

Instauré au Japon depuis des dizaines et des dizaines d’années, les résidents japonais ont des consignes de tri qui feraient sourire ou déprimer en France. A la base c’est assez simple : il y a ce qui se brûle (moeru) et ce qui ne se brûle pas (moenai) comme les bouteilles en verre ou en plastiques et les canettes. Certaines municipalités séparent également les cartons et autres journaux. Mais ce n’est pas toujours le cas. Les ordures ménagères, comme les épluchures, se brûlent, mais il y a très peu de communication autour des lombricomposteurs en dehors des circuits alternatifs, comme au Farmer’s Market de Aoyama, un quartier chic de Tôkyô.

Japon-dechets-shinkoji-river.jpgPar ailleurs, en France, le recyclage est un service public (de plus souvent délégué au privé) et vous en payez les frais avec la taxe d’habitation. Au Japon, il s’agit d’une taxe supplémentaire et comme il existe de nombreuses entreprises privées sur le secteur, certaines vous imposeront d’acheter des sacs poubelles de leur choix, et au prix quelque peu exorbitant. Autre singularité, tous ces sacs sont transparents afin que les agents puissent contrôler que tout est bien trié ! Pour les encombrants, par contre, le ramassage est payant du coup, il n'est pas rare, pour ceux qui osent l'avouer, de trouver des objets jeté dans les cours d'eau dont les rives sont peu fréquentées. Le tri sélectif est donc une affaire qui marche, surtout pour les entreprises, au point que les sdf et retraités à petite pension deviennent des travailleurs « free-lance » du secteur. Puisque tout le monde trie et le fait bien, le Japon n’imagine pas vraiment inciter à la réduction des déchets.

Bio et local : c’est idéal, mais c’est où ?

Avec une surface agricole d’à peine 4,3 millions d’hectares (soit 12,6% du pays, et 6 fois moins qu’en France), le Japon aura toujours du mal à se nourrir sans importer. De plus, la toponymie japonaise favorise les petites surfaces cultivées, dont la production est naturellement vendue en circuit court.

Si vous ne séjournez pas à Tôkyô, mais dans des villes de province, il y a de fortes chances que vous consommiez local si vous passez par une épicerie. Cependant, attention aux prix ! Eh oui, le Japon n’a pas de Politique Agricole Commune et le prix affiché décourage même les japonais à consommer des fruits et légumes ! A 300yens (2€) le kaki en pleine saison ou 250yens, 1 unique pomme, on revoit vite ses principes de « 5 fruits et légumes par jour » !
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Historiquement les provinces du Nord Est du Japon (Aomori, Gunma, Fukushima….) , sont celles qui produisent le plus de produits maraîchers, oui mais, il s’agit des régions les plus touchées par les retombées radioactives de Fukushima. Les consommateurs japonais ne sont donc pas dupes. Les mères (au foyer) qui sont les seules personnes à cuisiner frais, se détournent donc de ces produits, car heureusement, les provenances japonaises sont toujours mentionnées sur les paquets (suremballage, mon ami). Parmi les françaises expatriées au Japon que j’avais pu rencontrer en 2013, certaines se prêtaient la liste des kanji correspondants aux régions à boycotter !

Concernant plus spécifiquement le bio, il existe un Farmer’s Market qui a lieu une fois par mois à Aoyama, un quartier de Tôkyô, où l’on trouve toutes les enseignes du luxe français et étranger (Pierre Hermé en tête, c’est pour la gourmandise !) et quelques petites boutiques mais aucun réseau ou magasins bio comme en France.

Et ne parlons pas des produits cosmétiques ou ménagers bio ! Ici, le silicone et les parabènes sont rois… Il est possible de trouver des produits « organic » locaux, mais sans une réglementation ou des labels, il faut craindre le pire sur la liste INCI, et les produits européens importés se trouvent, bien que ce soit rare et à des prix peu raisonnables !

Du coup, j’ai fait ma VRP aboneobio, avec quelques produits dans la valise pour remettre à mes amies !

Le gaspillage alimentaire : quand le sens du service va trop loin.

Pays ultime de la consommation, du célibat subit ou volontaire et des intérieurs trop petits, l’image d’Epinal de la « oku-san » (mère au foyer, femme d’intérieur) est loin d’être aussi répandue, voire en voie d’extinction. La plupart des repas se prennent donc à l’extérieur, dans un restaurant ou sur le pouce après avoir acheté son repas (souvent à base de riz et viande panée) dans la partie traiteur d’un supermarché ou d’un convenient store (konbini, supérette). Tout est frais. Et tout doit le rester ! C’est pourquoi, passé une certaine heure (21 ou 22h pour les magasins qui ferment), des petites étiquettes indiquent le rabais accordé aux denrées « périssables ». Une initiative que je trouve intéressante et pertinente mais qui ne séduit pas vraiment les Japonais. Alors les étals se vident le soir, pour partir on ne sait où. Dans les konbini, ouvert 24h sur 24, réfrigérés, surprotégés, on vous déconseillera parfois un produit qui n’est pas assez frais, pour un autre avec une date de péremption plus lointaine, condamnant votre casse-croûte immédiat à la poubelle, plutôt que votre ventre !

Seule une chaîne de magasin, Lawson 100, filiale des konbini Lawson, s’est spécialisée sur la vente de produits à 100yen (environ 75 centimes), primeurs compris ! Une aubaine quand on repense à ces 6 pommes à 800 yens (environ 7€) ou une pêche à 400yen (en pleine saison à chaque fois). Pourtant, mon ami japonais m’a fortement déconseillé d’y acheter quoi que ce soit : «  pas assez frais » selon lui.

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Insularité : le casse-tête des ressources

Le problème, mais aussi ce qui fait avancer les politiques énergétiques des Etats insulaires , nous l’avons vu dans un précédent article, est souvent leur situation « isolée ». Or, le Japon, fort de sa croissance économique dans les années 1980, a instauré des relations commerciales très fortes lui permettant d’exiger certaines matières premières. En dépit des recherches et du développement technologique, le Japon ne compte pas encore faire de l'hydro-électrique marin ou de l'éolien offshore. Etre écolo au Japon, en triant ou ramassant les déchets, en fabricant des lave-linge à froid (technologie « eco-bubble ») en vantant le minimalisme, les japonais sont pour! Cependant, comme les américains, les japonais n’aiment pas sacrifier leur confort : les baguettes en bois à séparer avant un repas, le suremballage de chaque produit, alimentaire ou non, gaspiller la nourriture si elle n’est pas de première fraicheur, profiter de l’air conditionné dès qu'il fait plus de 25°C, laisser les lumières allumées, nuit et jour, ont encore de belles années devant eux.

Fukushima : désastre et conséquences

))Quand les températures estivales avoisinent régulièrement les 40 à 45°C, l’air conditionné est salutaire! Sauf que les Japonais en usent et en abusent avec une température intérieure de 21°C (bureaux, grands magasins, trains…), permettant ainsi aux salarymen de porter cravate et chemise à manche longue et aux japonaises des gilets de mailles fines, ou des gants censés les protéger des UV. L’arrêt prématuré de la centrale de Fukushima Daiichi aura mis en lumière les dérives liées à la sur-consommation d’énergie : air conditionné, éclairage et signaux publicitaires allumés toute la nuit… De là à penser une heure d’hiver, les Japonais ne sont pas prêts ! En effet, au Japon, le soleil se lève avant 6h et se couche avant 17h (en hiver). On découvre alors que le changement d’heure aurait une véritable utilité pour la réduction de la consommation d’énergie ! Japon-made-Fukushima-poire.jpg En termes de santé publique, le Japon vient de reconnaître un premier cas de cancer lié au travail de décontamination aux abords de la centrale. Travail qui consiste à ranger les déchets dans des sacs, à l’air libre... mais nous l’avons vu, ce qui a l’air propre est beau, donc si le site est agréable à voir c’est qu’il n’est pas pollué. Ainsi va la logique japonaise, et la population qui n’a pas pu ou pas voulu partir doit subir les conséquences de la catastrophe, notamment les plus fragiles, comme les enfants, dont les cancers de la thyroïde sont en forte croissance.

Le Japon est donc respectueux de ces sites naturels, mais ne semble pas vraiment s’inquiéter des problèmes de santé publique, comme les pesticides, les perturbateurs endocriniens, la lutte contre le tabagisme (le Japon est le 12ème pays où l’on fume le plus de cigarette /personne derrière le bloc de l’ancienne URSS et les pays des balkans), prévention des suicides… Cependant, on voit naître un début de mobilisation, peu portée par les actifs ou les étudiants, mais paradoxalement par les séniors, soucieux de leur santé, celle de leurs petits enfants et de s’impliquer dans la vie d’un pays qu’ils aiment et souhaitent protéger des dérives politiciennes et lobbyistes.
Par ailleurs, Tôkyô, l'une des capitale les plus polluées du monde a quand même réussi à bannir le diesel, au profit de la technologie hybride grâce à la volonté de son précédent maire, Shintarô Ishihara*.

Arrêtons donc de nous dévaloriser, car en matière d'écologie, de réduction des déchets, de choix de produits respectueux des hommes et de l'environnement, nous avons peut-être encore des progrès à faire, nous ne sommes pas si mauvais élèves! D'ailleurs une étude menée l'année dernière les classe 44e, loin dernières nous, 13ème du palmares des pays les plus écologiques!! De plus, le vrac s'installe durablement dans nos mentalités, et les produits bio de plus en plus consommés de manière régulière, alors c'est qui les champions?


*autrement connu pour ses sorties cultes comme « les femmes de plus de 50 ans devraient se suicider, elles n'apportent rien à la société » ou le très célèbre « le tremblement du Tohoku est la punition divine pour ces japonais qui ne sont plus de « purs » japonais »)