ImpressionBonne nouvelle pour la planète, après les parabènes, les microbilles de plastiques et les coton-tiges en plastique seront interdits à la vente en France dès 2018 et avant janvier 2020. Vos produits préférés sur abonéobio ne sont pas touchés par ces interdictions puisque tous les bâtonnets ouatés SilverCare sont fait d’embouts en coton bio sur des tiges en papier, labellisé FSC, et que les gommages corps et exfoliant visage Coslys, utilisent des billes de jojoba, de la poudre de riz ou de la coque d’amande. Des ingrédients écologiques, compatibles avec le cahier des charges de labels exigeants comme Cosmébio, BIDH ou Natrue.

Pour les consommateurs qui n’avaient pas déjà fait le choix du bio, et de produits responsables, c’est évidemment mieux : les produits d’hygiène conventionnelle deviennent, à force de législation, plus écologiques !

Mais que risque-t-on à force de déresponsabiliser le consommateur ? Et qu’en pense les producteurs qui ont fait le choix du bio depuis longtemps ?

Entretien avec Romain Ruth de l’association Cosmébio

Comment les professionnels de la cosmétique bio ont accueillis l’annonce faite en juillet dernier d’interdire les micro-billes de plastiques dans les produits d’hygiène?

RomainRuth_President_COSMEBIO.jpgOn a toujours du mal à dire les choses sans avoir un ton polémique, mais notre position chez Cosmébio, cela fait bien longtemps que nous avons procédé à des substitutions qui nous semble élémentaire. Je pense à l’utilisation de fruits à coque, aux pépins de framboise, et même la silice qui remplacent les microbilles dont la fonction est de “gratter”, d’”exfolier” mais en douceur. Or ces ingrédients peuvent apporter des solutions efficaces sans aucun problème de biodégradabilité. Pour Cosmébio, cette annonce est un peu un “non-événement”, car on va enfin dans le bon sens!

Les produits bio et à plus forte raison labellisés Cosmébio pouvaient se vanter, jusqu’ici, de formules respectant la planète et la santé humaine. En légiférant sur la composition des produits, est-ce que le gouvernement ne réduit pas l’attractivité des produits bio?

Je ne pense pas que cela soit un problème pour la cosmétique bio. Quand on a décidé de se passer du triclosan et des parabènes, choses abandonnées bien avant les polémiques ou les réformes réglementaires, cela n’a pas gêné le développement des cosmétiques bio, qui a su garder une longueur d’avance. Pour preuve : la cosmétique conventionnelle s’inspire de plus en plus du bio. Et si Cosmébio existe, c’est parce qu’il y a des acteurs et producteurs qui ont un jour voulu gommer cette ambiguïté, qui était au détriment du consommateur. Aujourd’hui, on peut dire de produits certifiés qu’ils sont biologiques, grâce au référentiel Cosmébio, qui exclut les déclarations purement marketing autour d’une goutte d’H.E. rajoutée au produits ou une fraction infime d’ingrédients bio.

Comment le marché de la cosmétique bio envisage-t-elle de se démarquer du conventionnel dans cette conjoncture?

En continuant de prendre de l’avance!

Alors que l’alimentation bio ne cesse de progresser avec une croissance à deux chiffres, quels sont selon vous les freins au développement de la cosmétique bio (et ce malgré des articles de plus en plus dithyrambiques sur l’efficacité du bio) ?

Je ne vois pas de frein actuellement pour le cosmétique bio. Elle progresse même très rapidement, et cela grâce au développement très important de la distribution spécialisée, elle-même poussée par la demande en produits alimentaire bio. Mécaniquement, si l’alimentaire bio progresse de 10 ou 15% par an actuellement, la cosmétique bio va être entraînée, car disponible dans les mêmes réseaux de distribution.

Et puis, on peut désormais trouver de la cosmétique bio dans tous les secteurs (ndlr : des produits d’hygiène corporelle au maquillage en passant par les capillaires, les vernis, etc.)

Mais, j’y reviens, quand on voit les taux de contamination des poissons, pour les polluants chimiques et même les microbilles de plastiques dont on parlait, il est évident qu'on ne peut pas continuer à utiliser des microbilles de plastiques dans des produits de consommation courante. Pour moi, c’est une mesure élémentaire, surtout quand on a des solutions de substitution qui sont aussi simples !
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Est-ce que Cosmébio s’engage sur des actions de lobbying auprès du gouvernement sur ce type de question?

Oui, du côté de Cosmébio, on essaye tout le temps de sensibiliser le gouvernement, sur la cosmétique biologique en particulier, mais ce n’est pas la seule contrainte. Cosmébio a d’ailleurs participé à la rédaction un document remis par Corinne Lepage à Mme la Ministre de l’Environnement, avec des propositions d’incitation dont 2 spécifiquement sur la cosmétique biologique. Le gouvernement ne nous écoute que sur de petits sujets, et encore, mais tout l’intérêt de la cosmétique biologique est ce lien fort de la cosmétique avec l’agriculture. Ce qui n’est pas le cas de la cosmétique conventionnelle, qui n’a rien à voir avec les champs, les producteurs et les paysans… Et on essaye de faire valoir ce lien interministériel, même si on est tout petit à côté des géants de la pétrochimie. On est encore petit mais on grossit à bonne taille.

Quels sont à votre avis les défis que la cosmétique bio doit relever dans les prochaines années, face à un conventionnel qui jouera sur le marketing et l’écoblanchiment, et l’émergence d’une tendance au vrac, au minimalisme et aux produits “fait-maison” ?

Rien que dans la formulation, on voit se dessiner les deux tendances fortes :

des produits basiques, à l’INCI avec une composition la plus simple huile végétale avec quelques HE ou simplement de l’alcool dénaturé. C’est une tendance lourde de la cosmétique simple, avec un retour au produit de base, le DIY étant une de ces tendances. des produits qui rivalisent avec des textures “luxe”, qui évoquent le caractère hédoniste ou technique de la cosmétique conventionnelle.



Concrètement, ces défis sont relevés sans trop de difficulté. Si on s’intéresse aux qualités d’un ingrédient, on n’a pas envie qu’il soit saturés de pesticides, ou provenant d’une ferme hydroponique où la plante ne connait ni le ciel, ni la terre. Pour le défi technique, c’est un bataille en termes d’efficacité et de plaisir. Pour moi l’efficacité de la cosmétique conventionnelle n’est que rhétorique, car il n’est pas prouvé qu’elle soit plus efficace, quant à l’hédonisme et au concept de plaisir d’utilisation, souvent grâce à l’utilisation des silicones en conventionnelle, je pense que le défi est relevé aussi. Notamment pour certaines marques bio, souvent vendues en parapharmacie, qui mettent finalement très peu en avant le caractère bio des produits, et au niveau du marketing se rapprochent des cosmétiques conventionnelles

Certaines marques commencent à faire des tests d’efficacité in vivo et in vitro et gagnent haut la main. De mon point de vue, quand on préfère des bases hydratantes, émollientes ou nourrissantes aux bases neutres (moins chères, certes), forcément cela fonctionne!

Comme dans tous les secteurs, il n’y a plus de place pour les “ventres mous” : le bio n’est plus le seul argument. Désormais, les tendances du bio c’est d’aller jusqu’au bout de la démarche en mettant en valeur la noblesse des ingrédients. Et à l’autre bout du “spectre” c’est de proposer de l’efficacité et du plaisir avec les notions de sécurité et éthique qui sont évidemment beaucoup plus forte dans le bio qu’ailleurs.

Merci à Romain Ruth pour son temps et ses réponses.