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Dimanche 04 décembre 2016

La petite reine récupère son statut royal

velo-randonnee.jpgRemarquée pour ses nombreuses actions en faveur de la réduction de la pollution et de lutte contre le changement climatique, Paris a fait partie des 47 finalistes retenus cette année pour le « Earth Hour City Challenge » organisé par le WWF entre le 23 février et le 1er mars!.En tant que finaliste, Paris participait à l'opération We love Cities, avec le défi Vélib organisé pour l’occasion.

Longtemps délaissée au profit de la voiture, qui a symbolisé une forme de réussite depuis les années 60, même pour des petits trajets en ville, la bicyclette se faufile parmi les moyens de transports urbains les plus intelligents et pratiques. En France, on compte environ 4% de trajets quotidiens effectués en vélo. La part de ceux-ci atteint les 10% dans les grandes agglomérations comme Strasbourg (pionnière et influencée par le mode de vie nordique) , Bordeaux ou Nantes, villes engagées pour le développement d’une mobilité douce et intégrée dans le schéma urbain depuis longtemps.

Si, à Paris, le Vélib connaît des record de fréquentations, avec plus de 200 millions de trajets totalisés pour les 7 ans du service, cela ne représente qu’une petite partie des trajets parisiens, où le métro reste le moyen de transport privilégié (environ 1 trajet sur deux). velib.jpg L’explosion du prix de l’essence, la difficulté de se garer en ville ainsi qu’une prise de conscience des bienfaits d’une activité sportive sur la santé, ont remis le vélo en selle! Les villes qui ont mis en place des systèmes de locations de bicyclettes dans le début des années 2000, comme à Toulouse (où je pouvais, en 2004, louer un vélo pour le mois), ou de vélo partagés comme le Vélib, disponible Paris en juillet 2007, trouve un succès grandissant auprès d’une génération urbaine, élevée avec des principes d’écologie et d’économie.

La réintroduction en ville de ce moyen de transport lui a permis de gagner en popularité et ses applications ne cessent de se diversifier !

Économies et économie locale.

Plus écologique et moins contraignant qu’une voiture, le vélo séduit de plus en plus par sa maniabilité, et le fait qu’il permette de découvrir des territoires et des paysages inaccessibles autrement qu’en transport doux. Le secteur du cyclotourisme et du tourisme en général se frotte d’ailleurs les mains. Il n’hésite pas à se structurer pour proposer une offre de plus en plus large et diversifiée pour satisfaire la demande.

bike_trail_65cfa1.jpgCar, à la différence de beaucoup d’autres secteurs, le cyclotourisme est une manne pour les professionnels du tourisme et les acteurs de l’économie locale. En effet, les adeptes de la petite reine ont l’habitude de ne pas se surcharger : ce qui n’est pas indispensable pèse et ce sont autant de kilos à transporter à la force des muscles. Cette frugalité les pousse donc à s’équiper au minimum et consommer local. Selon Camillle Thomé chez DRC (Départements & Régions Cyclables) « 1€ investi dans l’infrastructure de voies cyclables touristiques = 1€ de retombées économiques locales ». Pas étonnant que de plus en plus de collectivités locales adoptent une politique “vélo” pour les déplacements urbains mais également pour diversifier leur offre de loisirs. Ainsi, depuis une dizaine d’année, la fédération française de Cyclotourisme voit fleurir de nouveaux itinéraires, ou de nouvelles “boucles”, dans le jargon. En 2014, 578 km de nouvelles voies cyclables ont été aménagées, pour un total de 5.000 km en France sur les 20.000 prévus par un schéma directeur d’aménagement de voie cyclable.

Conscient des perspectives de développement exponentielles du secteur de la bicyclette, le gouvernement français a nommé dès janvier 2012, un “monsieur Vélo”, rattaché désormais au grand ministère qu’est celui de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie.

Développer l’usage de la bicyclette partout et pour tous.

Depuis une dizaine d’années, des entreprises de coursiers se sont intéressées à l’activité de coursier à vélo, pour des plis ou des petits volumes, car selon l’ADEME pour des trajets de 5km environ, le vélo est plus rapide que n’importe quel transport à moteur. http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/ademe_affiches_pde.pdf Et grâce à la multiplication des voies cyclables dans les grandes agglomérations c’est du temps de gagné, et moins d’essence à refacturer. Et tout le monde sait que le temps, c’est de l’argent! Les entreprises ayant recours au vélo dépassent désormais le cadre des facteurs et des coursiers, avec ce plombier fraîchement installé dans la capitale française. Elian Alluin a préféré miser sur la bicyclette, plutôt que la voiture ou la camionnette. Cependant, il aimerait pouvoir investir dans un vélo cargo pour pouvoir transporter plus de matériel et faciliter ses déplacements.

Nantes-velo-porteurjpg.jpg A Nantes, ville engagée et à la pointe des déplacements doux avec un système de vélos en libre service (le BiCloo depuis 2008) mais aussi le plus ancien réseaux de tramway en France (depuis 1985), les “vélos-boites” sont un nouveau modèle à suivre. Pas moins de 22 entreprises Nantaises se sont fédérées en collectif pour pérenniser leur démarche. Pour les fondateurs Chrono vélo, Mirella Marcon et Valentin Moirez, « ce mode de livraison ou de service ne présente que des avantages. Le fait de circuler à vélo crée une atmosphère conviviale avec les clients. Et on a l'impression de participer à une démarche citoyenne ».

Encouragé par cette impressionnante réappropriation du vélo, à la ville, comme à la campagne, même l’INSEE propose désormais le vélo comme moyen de transport “officiel” pour les trajets maison-travail.

Carte_Veligo_072014.pngLa SNCF dans un effort de décrypter les tendances et de proposer des services pour ses usagers, propose depuis peu VéliGo. Il s’agit d’une place de stationnement sécurisée (abris avec vidéo-surveillance), réservée aux adhérents et porteurs de cartes Navigo (avec un supplément de 20 € par an) afin de faciliter le “dernier kilomètre”, ce trajet entre la gare et le lieu de résidence. Selon le STIF, l’objectif est de quintupler le nombre de places à l’horizon 2020, en passant à 20 000 places vélos. À terme, tous les pôles de transport franciliens devront être équipés d’abris et/ou d’espaces VéliGo (gares train, gares RER, stations de métro, de tram et de T Zen). Cependant, seule une vingtaine de gares de la région parisienne est déjà équipée.

Par ailleurs, en juin 2014, le ministère des transports a testé pendant 6 mois, auprès de 10.000 employés, la possibilité d’indemniser, au même titre que d’autres transports, les déplacements réalisés à vélo. Le rapport de cette expérimentation vient d’être remis en janvier 2015 et les rapporteurs dégagent de nombreux points positifs : l’expérimentation sur six mois a permis de doubler le nombre d’usagers du vélo et d’augmenter de 50% à 70% de trajet à vélo, et pas seulement grâce aux cyclistes confirmés mais aussi des personnes intéressées par la prime kilométrique annoncée. De plus, on ne comptera pas les avantages pour la santé des salariés. Cependant, et au-delà des aspects administratifs, de nombreuses entreprises émettent des réserves sur la poursuite de l’expérimentation au regard du poids financier de la mesure (de 40 à 43 centimes / km en intégrant les charges). A suivre, donc!

Nos chers voisins, quid de la pédale?

Si l’une des plus grandes (voire la plus grande) compétitions cyclistes se déroule en France, il serait injuste d’oublier que la bicyclette est autrement intégrée dans la vie de tous les jours chez nos voisins du nord de l’Europe.

Les Pays-Bassont une référence en matière d’usage du vélo avec plus de 2 millions de kilomètres de pistes cyclables, sur un pays qui ne représente que 8% de la superficie de la France Métropolitaine! C’est dire le décalage. Cette sur-représentation du vélo en ville pose d’ailleurs quelques soucis à Amsterdam, où les embouteillages ne sont pas l’apanage des automobiles. Cependant, dans un pays qui a intégré depuis longtemps les enjeux écologiques (avec les premiers éco-villages) les urbanistes peuvent laisser court à leur créativité. Ainsi a-t-on vu, à Amsterdam la première piste cyclable solaire. Il s’agit de 70m de panneaux solaires qui emmagasinent la lumière le jour pour s’illuminer la nuit, grâce à la photoluminescence. En hommage au peintre hollandais Van Gogh, cette voie aux allures magiques est inspirée d’un tableau du maître, “La Nuit Etoilée".

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LondonplanningAward-velo.jpgA Londres, autre ville Européenne congestionnée par les embouteillages et la pollution, un récent concours d’urbanisme, London Planning Awards, a récompensé une idée intéressante de pistes cyclables directement dans le métro. Pour les concepteurs, il s’agit de faire bon usage des kilomètres de tunnels londoniens abandonnés pour créer une galerie piétonne qui ferait la part belle aux cyclistes. De plus, celle-ci utilisera une technologie qui permettra de générer de l’électricité à partir de la friction créée par les pneus des vélos. Cette innovation est déjà disponible en Grande Bretagne grâce aux installations de la société Pavegen. Les marchands du temple n’étant jamais loin d’une bonne idée, le projet prévoit possiblement d’installer des commerces… un peu comme à Montréal, où de nombreux bâtiments sont “connectés” via un immense district souterrain, ce qui n’enlève aucun charme à la capitale du Québec.

Avant de se lancer en ville ou de faire de votre vélo votre nouveau moyen de transport privilégié, avec tous les risques que cela comprend, le cyclotourisme est le moyen le plus agréable de s’initier au plaisir de la bicyclette. Vous pouvez choisir un itinéraire adapté sur des sites dédiés, comme France Vélo Tourisme, qui recense les parcours et propose même des balades thématiques. Pour les plus aguerris, il existe désormais des sites qui proposent de financer les aventuriers du vélo via des concours ou bien un financement collaboratif. Sur l’incontournable plate-forme Kickstarter, c’est plus de 700 projets ayant rapport avec la petite reine. Il ne reste plus qu’à trouver la motivation pour commencer à pédaler! francevelotourisme.jpg

Qui veut vivre sur un pont ?

Selon les chiffres de la FNUAP, 60% de la population mondiale serait citadine en 2030, soit 5 milliards de personnes à loger et se déplacer en zone urbaine et périurbaine. Nos villes se développent tellement vite que les architectes fouillent autant dans le passé que l’avenir pour imaginer les villes de demain.

Après les projets de tours gigantissimes (la plus haute à ce jour se trouve à Jeddah, et mesure 1001 m.), mêlant habitations, loisirs et bureaux, une nouvelle idée émerge dans plusieurs grandes villes mondiales : réinstaurer les ponts habités. Neuilly-sur-Seine, Tours, Paris et Montréal, pour les francophones, seraient actuellement en train d’étudier la question. g1601a.jpg

Un peu d’histoire Au Moyen-âge, les ponts habités étaient courants en Europe, notamment à Paris, Londres ou Amsterdam. On les appelait en ce temps » pont rue ». Les plus connus et encore visibles se trouvent à Erfurt (Allemagne) ou à Florence (Italie) avec le fameux Ponte Vecchio. Les ponts habités existent depuis le XIIème siècle environ, quand les villes ont commencé à taxer les résidences selon leur emprise au sol. Construites sur un pont, ces habitations n’étaient pas soumises à l’impôt. Outre leur intérêt architectural et financier, les ponts habités permettaient également une plus grande salubrité, en évacuant les ordures directement dans le fleuve. Néanmoins, ces structures ont peu à peu disparu, suite à de nombreux incendies qui se propageaient très vite de maison en maison lorsque celles-ci étaient construites en bois, ou bien quand le poids des édifices menaçait la stabilité du pont qui les supportait. pt_change.jpg

De toute l’Europe, Paris est certainement la capitale européenne qui a compté le plus de ponts habités : une trentaine environ entre le XIIè et le XVIIIè siècle. La Seine et la géographie de la ville permettaient en effet qu’ils ne soient ni trop larges (comme à Londres ou Budapest) ni trop étroits (comme à Amsterdam). Ce qui a marché étant potentiellement ce qui marchera, l’idée de ponts habités refait donc régulièrement surface, notamment à Paris. En 1997, un premier concours d’architecture évoquait l’idée de telles structures, et plus récemment, en 2010, à l’occasion des élections régionales, Chantal Jouanno défendait un projet sur la Seine : un pont avec 25 000 m2 végétalisés, offrant en dessous, sur deux étages, 75 000 m2 dédiés aux services à la personne, commerces, logements étudiants et à une grande bibliothèque… Le projet n’a pas vu le jour compte-tenu des résultats des élections, mais c’est actuellement au tour de la nouvelle mairie parisienne de Mme Hidalgo de relancer le débat avec 2 projets reliant les 12ème et 13ème arrondissements à l’Est, et le 15ème et le 16ème à l’Ouest de Paris. A Neuilly-sur-Seine, le maire Christophe Fromentin étudie sérieusement la question depuis 2008. L’annonce parisienne a également interessé Toulouse, qui reprendrait l’étude d’un projet de l’architecte Paul Degrez. 4250503.jpg

Le Pont habité: une continuité de la ville pour relier les quartiers séparés par le fleuve

Le développement des villes de demain doit désormais prendre en compte de nombreuses problématiques et contraintes actuelles : comme la disponibilité des terrains, la re-densification urbaine, ou la lutte contre la désertification des commerces de proximités. A l’heure où les dettes publiques s’accumulent et que s'installe la pénurie de logement, dont le logement social, le pont habité pourrait être une vraie solution économique. Paul Desgrez interviewé par le journal la Dépêche du Midi au début du mois de juillet expliquait en ces termes «l'idée est d'assurer une continuité par modes doux (piéton, cycle) entre les berges et de construire sans que cela coûte un centime au contribuable puisque la vente des logements finance la construction du pont et de l'immeuble».

L’ensemble des projets de ponts habités au XXI ème siècle intègre le transport, la proximité, l’écologie et la connectivité, en plus du logement, des bureaux et des petits commerces, afin d’harmoniser la ville, vu tel un écosystème. Les ponts habités feraient office de « corridor écologique ». Ces projets visent en effet à limiter l’effet dortoir ou ghetto de certains quartiers, ainsi que leur impact écologique (moins de C02 lié aux transports, plus de lien social, etc.) en proposant des innovations techniques et technologiques sur le modèle des « smart cities « (villes intelligentes ou connectées). Il s’agit donc dans certaines villes, comme Toulouse, de donner une continuité à la ville, scindée par le fleuve, et désenclaver certains quartiers, en proposant commerce, habitations et résidences hôtelières.

Une issue à l’hyperdensification de nos villes ?

Certaines grandes villes sont déjà revenues de ces projets architecturaux, comme Berlin, et même Montréal, où le projet présenté est loin de faire l’unanimité. Si l’on se souvient des grands projets de tours, pourtant avec une dimension écologique souvent exprimée dans la gestion de l'eau ou de l'énergie, jusqu’ici aucun n’est sorti de terre. Il n’y a peut-être que Burj Khalifa à Dubai, et dernièrement la Kingdom Tower de Jeddah (Arabie Saoudite) qui ont vu le jour, mais avec des succès mitigés. Ces ensembles reflètent en effet plus le désir de prouver au monde les prouesses technologiques dont sont capables les hommes, que la volonté réelle de trouver des solutions modernes aux problèmes de logement, d’urbanisme et d’écologie dans des villes où la pression démographique reste forte.

Il existe encore des ponts habités en Europe France, comme à Landerneau (pont du Rohan) ou Narbonne (pont des Marchands), voire Chenonceau et son château qui enjambe la Loire. Les avez-vous vus ? Pensez-vous que le pont habité soit aussi une solution pour le logement de demain ?

Voici quelques articles pour aller plus loin:

Sur les projets parisiens : http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Paris-deux-ponts-habites-sur-la-Seine-672769 http://www.urbanews.fr/2014/06/23/44169-paris-accueillir-nouveaux-ponts-habites

A Toulouse : http://www.ladepeche.fr/article/2014/07/01/1910406-pont-habite-paris-relance-le-projet-toulousain.html

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