img-mains-ligue.jpgLe 4 février prochain, c’est la journée mondiale contre le cancer. En 2012, on estimait encore 148 000 décès par cancer en France. Chez l’homme, le cancer du poumon est la principale cause de décès, suivi par les cancers côlo-rectal et de la prostate. Chez la femme, le cancer du sein est à l'origine du plus grand nombre de décès, devant le cancer colorectal et celui du poumon.

(chiffres La Ligue contre le Cancer )

Pourquoi certains cancers se développent-ils plus “facilement” et plus rapidement dans certains organes? Deux chercheurs américains de l’Université John Hopkins (Baltimore) se sont penchés sur la question dans une étude publiée dans le magazine Science qui se révèle fataliste, et encouragera les inconscients si les résultats bruts n’étaient pas nuancés. En effet, l’étude conclue que 2 tiers des cancers développés par les adultes sont finalement “la faute à pas de chance”, selon le terme des auteurs eux-mêmes.

D’ores et déjà ces résultats ont changé la manière d’appréhender le risque de cancer, dans une bonne et une mauvaise manière, finalement. Si beaucoup de facteurs semblent être aléatoires, il reste qu’il ne faut pas ignorer les comportements qui peuvent influencer le développement ou non d’un cancer.

7 cancers sur 10 sont moins liés à nos comportements qu’à notre malchance?

L’étude menée par le biomathématicien et assistant oncologue, Cristian Tomasetti, et le chercheur en oncologie Bert Vogelstein était globalement un exercice statistique. En effet, les deux hommes ont étudié la division des cellules souches, des cellules indifférenciées qui peuvent évoluer en différents tissus organiques, pour déterminer comment associer le risque de cancer par rapport aux mutations spontanées aléatoires. Les chercheurs ont mis en lumière que plus les divisions sont rapides dans certains tissus cellulaires, plus la probabilité de développer un cancer est grande.

Tomasetti et Voglestein ont ensuite tenté de déterminer jusqu’où une mutation était dite “aléatoire” ou bien le résultat d’influence comportementale (nourriture, vie, etc.) et environnementale. Les chercheurs ont conclu que 22 cas sur 31 cancers examinés étaient dus à une mutation spontanée. Les 9 autres cas étaient consécutifs à des facteurs environnementaux. Pour faire simple, 70% des cancers sont lié à un processus naturel (la division des cellules) et “la malchance”.

child_cancer.jpgCependant, derrière cette accroche , un brin “fataliste” reprise par de nombreux média, il convient de rappeler trois choses: Tout d’abord, les cancers du sein et de la prostate ont été d’emblée exclus du champs de l’étude, car il n’existe pas de données précises et utilisables pour calculer le renouvellement des cellules souches. Or 70% des types de cancer et 70% de tous les cas ne mènent pas aux même résultats finaux.

Deuxièmement, il convient de rappeler que depuis longtemps les scientifiques sont d’accords pour attribuer une partie des cancers à des mutations aléatoires des cellules souches, sans cependant connaître leur fréquence. Cette étude est donc la première du genre pour comprendre la proportion de cancers “naturels”, par rapport à ceux dus à la génétique, au comportement ou à un environnement défavorable. Mais la maladie résulte du développement d’une mutation génétique devenue tumeur maligne. Or certaines mutations spontanées n’ont aucune incidence physiologique. Et si on en croit un certain M. Darwin, certaines mutations nous auraient été très favorables.

Le facteur environnemental reste encore très fort

images.jpgEnfin, et non des moindre, il suffit de rappeler que 30% des cancers sont incontestablement liés aux facteurs environnementaux! Parmi ceux-là, les cancers de la peau et des poumons, sont respectivement influencés par une exposition non protégée au soleil, à la fumée de cigarette, à la pollution… D’ailleurs, en Australie où les UV font des ravages parmi la population de migrants européens à la peau claire, et donc peu protégée contre les UV, le gouvernement vient d’interdire les cabines de bronzage. Celui-ci s’appuie sur la progression alarmante des cancers de la peau dans le pays. Si le bronzage intensif est largement déconseillé, une nouvelle étude américaine implique que la vitamine D, et son action bénéfique sur le système immunitaire, permettrait de lutter contre l'apparition du cancer colo-rectal. Or la synthèse de la vitamine D est facilitée par une exposition au soleil.

Le risque à la lecture de cette étude est de minimiser l’incidence de nombreux produits chimiques retrouvés dans nos aliments et produits de consommation courante. Régulièrement, ceux-ci sont mis en lumière pour leur toxicité et leur rôle de l’apparition de cancer. Cette année encore la FDA américaine (Food and Drug Association) reconnaissait dans une étude que les poulets vendus aux États-Unis présentait des traces d’arsenic, un cancérigène reconnu. En Europe, l ’eau de nos rivières charrie de nombreux polluants, médicaments, plastiques ou métaux, qui ont une incidence sur le développement de maladies comme les cancers. Sans oublier le Bisphénol A (BpA) que la France voudrait réglementer, selon le principe de précaution.

"Changer nos habitudes de vie sera très utile pour éviter certaines formes de cancer, mais ne sera guère efficace pour d'autres", note Cristian Tomasetti. "On devrait mobiliser davantage de ressources pour trouver des moyens de détecter ces types de cancers aléatoires à un stade précoce, soignable", conclut-il.

Cette expérience semble donc avoir été réalisée pour insister sur la prévention de tous les cancers, et pas seulement pour les individus dits “à risque”. Or plus un cancer est diagnostiqué tôt, plus il a de chance d’être traité efficacement. En Angleterre, les chercheurs espèrent que les progrès pour prévenir et soigner le cancer vont en faire une maladie de plus en plus rarement mortelle avant l'âge de 80 ans.

sante_depistage-du-cancer-du-sein-nouvel-appareil-a-lhopital-mongi-slim.jpgEn France, l’âge médian du diagnostic est de 68 ans chez l’homme et 67 ans chez la femme, selon l’Institut national du Cancer (chiffre 2013), alors que le cancer reste la première cause de décès prématuré avant 65 ans, aussi bien chez l'homme que chez la femme. D’où l’importance, soulignée par cette nouvelle étude, d’un dépistage effectué le plus rapidement possible. Pour ce faire, pourquoi ne pas profiter des journées de dépistage gratuit organisée comme au printemps dernier?