Selon les chiffres de la FNUAP, 60% de la population mondiale serait citadine en 2030, soit 5 milliards de personnes à loger et se déplacer en zone urbaine et périurbaine. Nos villes se développent tellement vite que les architectes fouillent autant dans le passé que l’avenir pour imaginer les villes de demain.

Après les projets de tours gigantissimes (la plus haute à ce jour se trouve à Jeddah, et mesure 1001 m.), mêlant habitations, loisirs et bureaux, une nouvelle idée émerge dans plusieurs grandes villes mondiales : réinstaurer les ponts habités. Neuilly-sur-Seine, Tours, Paris et Montréal, pour les francophones, seraient actuellement en train d’étudier la question. g1601a.jpg

Un peu d’histoire Au Moyen-âge, les ponts habités étaient courants en Europe, notamment à Paris, Londres ou Amsterdam. On les appelait en ce temps » pont rue ». Les plus connus et encore visibles se trouvent à Erfurt (Allemagne) ou à Florence (Italie) avec le fameux Ponte Vecchio. Les ponts habités existent depuis le XIIème siècle environ, quand les villes ont commencé à taxer les résidences selon leur emprise au sol. Construites sur un pont, ces habitations n’étaient pas soumises à l’impôt. Outre leur intérêt architectural et financier, les ponts habités permettaient également une plus grande salubrité, en évacuant les ordures directement dans le fleuve. Néanmoins, ces structures ont peu à peu disparu, suite à de nombreux incendies qui se propageaient très vite de maison en maison lorsque celles-ci étaient construites en bois, ou bien quand le poids des édifices menaçait la stabilité du pont qui les supportait. pt_change.jpg

De toute l’Europe, Paris est certainement la capitale européenne qui a compté le plus de ponts habités : une trentaine environ entre le XIIè et le XVIIIè siècle. La Seine et la géographie de la ville permettaient en effet qu’ils ne soient ni trop larges (comme à Londres ou Budapest) ni trop étroits (comme à Amsterdam). Ce qui a marché étant potentiellement ce qui marchera, l’idée de ponts habités refait donc régulièrement surface, notamment à Paris. En 1997, un premier concours d’architecture évoquait l’idée de telles structures, et plus récemment, en 2010, à l’occasion des élections régionales, Chantal Jouanno défendait un projet sur la Seine : un pont avec 25 000 m2 végétalisés, offrant en dessous, sur deux étages, 75 000 m2 dédiés aux services à la personne, commerces, logements étudiants et à une grande bibliothèque… Le projet n’a pas vu le jour compte-tenu des résultats des élections, mais c’est actuellement au tour de la nouvelle mairie parisienne de Mme Hidalgo de relancer le débat avec 2 projets reliant les 12ème et 13ème arrondissements à l’Est, et le 15ème et le 16ème à l’Ouest de Paris. A Neuilly-sur-Seine, le maire Christophe Fromentin étudie sérieusement la question depuis 2008. L’annonce parisienne a également interessé Toulouse, qui reprendrait l’étude d’un projet de l’architecte Paul Degrez. 4250503.jpg

Le Pont habité: une continuité de la ville pour relier les quartiers séparés par le fleuve

Le développement des villes de demain doit désormais prendre en compte de nombreuses problématiques et contraintes actuelles : comme la disponibilité des terrains, la re-densification urbaine, ou la lutte contre la désertification des commerces de proximités. A l’heure où les dettes publiques s’accumulent et que s'installe la pénurie de logement, dont le logement social, le pont habité pourrait être une vraie solution économique. Paul Desgrez interviewé par le journal la Dépêche du Midi au début du mois de juillet expliquait en ces termes «l'idée est d'assurer une continuité par modes doux (piéton, cycle) entre les berges et de construire sans que cela coûte un centime au contribuable puisque la vente des logements finance la construction du pont et de l'immeuble».

L’ensemble des projets de ponts habités au XXI ème siècle intègre le transport, la proximité, l’écologie et la connectivité, en plus du logement, des bureaux et des petits commerces, afin d’harmoniser la ville, vu tel un écosystème. Les ponts habités feraient office de « corridor écologique ». Ces projets visent en effet à limiter l’effet dortoir ou ghetto de certains quartiers, ainsi que leur impact écologique (moins de C02 lié aux transports, plus de lien social, etc.) en proposant des innovations techniques et technologiques sur le modèle des « smart cities « (villes intelligentes ou connectées). Il s’agit donc dans certaines villes, comme Toulouse, de donner une continuité à la ville, scindée par le fleuve, et désenclaver certains quartiers, en proposant commerce, habitations et résidences hôtelières.

Une issue à l’hyperdensification de nos villes ?

Certaines grandes villes sont déjà revenues de ces projets architecturaux, comme Berlin, et même Montréal, où le projet présenté est loin de faire l’unanimité. Si l’on se souvient des grands projets de tours, pourtant avec une dimension écologique souvent exprimée dans la gestion de l'eau ou de l'énergie, jusqu’ici aucun n’est sorti de terre. Il n’y a peut-être que Burj Khalifa à Dubai, et dernièrement la Kingdom Tower de Jeddah (Arabie Saoudite) qui ont vu le jour, mais avec des succès mitigés. Ces ensembles reflètent en effet plus le désir de prouver au monde les prouesses technologiques dont sont capables les hommes, que la volonté réelle de trouver des solutions modernes aux problèmes de logement, d’urbanisme et d’écologie dans des villes où la pression démographique reste forte.

Il existe encore des ponts habités en Europe France, comme à Landerneau (pont du Rohan) ou Narbonne (pont des Marchands), voire Chenonceau et son château qui enjambe la Loire. Les avez-vous vus ? Pensez-vous que le pont habité soit aussi une solution pour le logement de demain ?

Voici quelques articles pour aller plus loin:

Sur les projets parisiens : http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Paris-deux-ponts-habites-sur-la-Seine-672769 http://www.urbanews.fr/2014/06/23/44169-paris-accueillir-nouveaux-ponts-habites

A Toulouse : http://www.ladepeche.fr/article/2014/07/01/1910406-pont-habite-paris-relance-le-projet-toulousain.html