« L’histoire a su démontrer que les sociétés de croissance rapide et aux taux de consommation élevés sont néfastes aux écosystèmes, et ce à un rythme beaucoup plus élevé que les sociétés traditionnelles. Nos modes de vie actuels, majoritairement définis sur des valeurs pécuniaires, sont devenus les bases de la société de consommation ainsi que le seul but valide du travail humain. Tout cela, grâce à des sources d’énergie destructibles, addictives et limitées : les combustibles fossiles. Une des premières conséquences en est le déclin catastrophique de la biodiversité.

Si nous espérons éliminer les causes de la disparition et destruction de certaines espèces ainsi que de l’environnement en général, un changement d’attitude et de mentalité est nécessaire, en particulier sur ce qui devrait être les indicateurs de « progrès » et de « développement ». Il faudrait pour commencer ne plus seulement tenir compte d’outils de mesures étroits tels que le Produit National Brut et se questionner sur l'intérêt au long terme des projets de développement des nations nécessitant des dépendances lourdes et se mettant dans des situations qui ne pourront durer.



Aujourd’hui nous nous rendons compte que c’est un système de valeurs humaines, tirées de buts sociaux, qui permet un impact plus ou moins important sur la biosphère et sa capacité à s’auto maintenir. Les deux idéaux de nos valeurs sociales apparaissent alors comme opposés : « une société orientée vers une croissance de la consommation » ainsi qu’une « société de conservation et que l’on peut maintenir». Ces deux types de sociétés ont existées sur cette planète, souvent représentant des mélanges individuels de ces deux buts, avec des mesures et tendances se rapportant plus ou moins l’une à l’autre.
Nous sommes tous face à des signes sans précédents de changements néfastes. La qualité de l’air, l’eau, la nourriture et de l’environnement vivant s’est dégradée. Ces faits sont aujourd’hui connus du public et le marché fournit une nouvelle direction. Une demande de plus en plus élevée pour une alimentation et une agriculture plus propre, saine, socialement consciente et de manière à protéger la biodiversité se fait ressentir. L’agriculture biologique, le commerce équitable et la protection des oiseaux n’en sont que des exemples. La prolifération de labels démontrent aussi une nécessité d’harmonisation afin d’éviter la confusion dans le choix du consommateur. Alors que l’agriculture biologique et le commerce équitable sont aujourd’hui bien connus, les questions de biodiversité et de santé de la terre doivent être encouragées.
Un système d’organisation des terres est mieux évalué selon ses indicateurs biologiques. Au Sri Lanka, un système de certification basé sur les indicateurs de biodiversité a été développé sur les vingt dernières années. Ce système fonctionne sur l'hypothèse que la biodiversité fournit les indicateurs les plus justes en termes d’écosystème durable et qu’avec l’utilisation de tels indicateurs de biodiversité, la crédibilité de l’agriculture biologique ou d’une agriculture prenant en compte la biodiversité sera augmentée. Aujourd’hui, ce système s’est agrandi par le réseau international de forêt analogue (RIFA) à huit pays.


Les institutions globales et internationales sont aujourd’hui dans l’obligation de mettre la question de restauration en avant. Si les décisions économiques et politiques créent un climat mettant en avant la restauration, la tendance courante peut être adressée et de nouveaux outils développés. Un exemple de ces outils qui peut être utile dans ce type d’organisation est la « forêt analogue », un système de sylviculture qui reconnaît l’état de biodiversité de la forêt comme un critère de design fondamental. L’apparition d’un réseau international travaillant sur ces principes et sur l’évolution d’un système de certification de chaque pratiquant, a permis au marché de fonctionner et de promouvoir ces buts. La récompense de certification, grâce à un système d’évaluations et de comptes-rendus appelé Forest Garden Products (FGP) offre une incitation aux agriculteurs de s’engager dans une telle activité de restauration.. L’expérience de la forêt analogue suggère que ce sont les petits agriculteurs qui ont les moyens de ralentir la dégradation de la biodiversité grâce à un système anthropogénique. Si ces moyens étaient capitalisés et les régions pauvres rurales vues comme un bon investissement, le système de biodiversité tel la forêt analogue serait un outil extrêmement rentable.

Dans un but de restauration globale, il semble que les meilleures ressources et moyens se trouvent en région rurale directement. C’est dans une démarche quotidienne de plantation, d’apprentissage et de pratique des théories de la restauration que nous préserverons et soignerons l’environnement de demain. La considération des populations rurales en tant que point clé dans l’organisation des terres est essentielle car ce sont eux qui le plus souvent, sont responsables des actes néfastes ou bénéfiques sur la biodiversité. Un agriculteur peut soit cultiver un champ avec une lourde charge en biocides, générant un terrain à faible biodiversité ou choisir de cultiver une même récolte de manière biologique et générant un terrain à haute biodiversité. Les revenus de l’agriculteur seront quasiment les mêmes dans les deux cas, mais l’impact sur la biodiversité, les paysage ruraux et la maintenance de l’environnement et de l’être humain est radicalement différent. C’est malheureusement la difficulté de promouvoir leurs biens qui ruinent les communautés de fermiers ainsi que leur superviseur en biodiversité. La certification FGP aide ces communautés fermières en facilitant le développement d’un marché robuste, bien compris et soutenu par le grossiste ou distributeur consciencieux. Cette forme de labellisation et commercialisation nous permettra d’avancer un bon bout vers la maintenance de notre survie sur terre !


Le carbone, et la vie de la terre : Nombreuses études ont su démontrer l’importance des écosystèmes du sol pour toute forme d’agriculture. Le vieil adage : « Ne nourris pas la plante, nourris la terre » prends de plus en plus de sens dans cette société moderne où les questions de biodiversité et de stockage de carbone deviennent d’autant plus importantes. Le sol, à condition d’être bien entretenu, est le moteur principal de l’agriculture. Si celui-ci est détruit, l’agriculteur doit alors se reposer sur des ressources d’énergie fossile.

Le sol est l’un des composants de l’écosystème terrestre le plus important. Pourtant, son importance a été négligée dans la plupart des approches modernes de développement des terres, ainsi que d’agriculture et sylviculture. Pour beaucoup, il ne s’agit que de la matière qui tient les arbres debout. On le voit comme une surface solide, sur laquelle on marche, roule ou construit. L’agriculture moderne a, en réalité, sous-estimé la valeur des sols et son apport en nutriments, en y ajoutant des fertilisants artificiels, au détriment d’une bonne organisation des terres. Ce point de vue est aujourd’hui fortement critiqué car il a été prouvé que l’agriculture à forte consommation est dangereuse pour la biodiversité locale et le maintien des récoltes, mais aussi pour les fonctions environnementales et sociales ainsi que pour l’économie locale. La question qui se pose alors est : « quelles sont les options? » Il y a différentes possibilités, passant de l’adoption d’une pratique d’agriculture plus traditionnelle au développement de nouveaux systèmes tels l’agriculture biodynamique ou biologique. Toutes ces approches considèrent la maintenance des sols en tant que ressource primaire.

La matière organique du sol est vue comme une masse sombre, amorphe et solide. A l’aide du microscope, on peut apercevoir que cette « masse solide » contient en réalité des centaines d’espèces différentes. C’est aussi un filtre biologique qui détoxifie une large partie des poisons que nous appliquons à notre environnement. C’est un monde aussi complexe, et probablement plus ancien, que le monde qui vit à sa surface. Il recouvre en continu, quasiment toute la surface de la terre et est littéralement « l’épiderme vivant » de notre planète.

Le monde du sol peut paraître étrange pour nous qui vivons à sa surface. D’une couleur opaque ou claire et généralement solide. La communication se fait par des moyens chimiques (ex : phéromones) ou physiques (ex : vibrations). Le mouvement est lent, les organismes les plus rapides comme les vers de terre sont les géants de ce monde, créant des tunnels à un rythme rapide, mesuré en termes de centimètres par minute. Les plus communs sont les champignons qui se multiplient dans la terre à un rythme se mesurant en centimètres par mois ou les bactéries, elles, en centimètres par an. C’est un monde qui grouille, un gramme de terre ordinaire peut contenir jusqu’à 1 milliard de bactéries individuelles, plus de 100 millions d’actinomycètes individuels et plus d’un kilomètre d’hyphe fongique, sans compter les plantes comme les algues et les animaux tels les colembollides, nématodes ou vers.


Comprendre les écosystèmes des sols ainsi que leur fonctionnement est important dans un but de production et de conservation. Dans un système de production, ces informations vont permettre l’optimisation de son alimentation et aidera au développement d’une agriculture plus durable. Par exemple, alors que l’ajout de phosphore est très utilisé sur la plupart des terres pour améliorer la production, la source utilisée de phosphore peut varier considérablement la productivité et la rentabilité. Un phosphore généré par certaines bactéries terrestres va produire une récolte beaucoup plus volumineuse que la même quantité de phosphore sous forme de superphosphate. Pour l’instant, cette source de phosphore produite par les bactéries n’a été observée que dans certains écosystèmes terrestres. Ci celui-ci pouvait être développé et commercialisé, il pourrait diminuer les factures de fertilisants assez considérablement. L’écosystème vivant de la terre ou « le moteur de maintient des cultures » est toujours représenté par le contenu dans le sol de carbone organique. Quand cet écosystème est perdu, l’addition de carbone dans la terre, ne relance pas le moteur. C’est la qualité et la biodiversité de ce carbone, qui fait tourner le moteur.. De la même manière, une plantation d’arbres, bien que ceux-ci stockent le carbone, ne peut être appelée une forêt. En termes de biodiversité, les arbres représentent seulement 1% de la biodiversité de la forêt… Les 99% restants doivent être pris en considération si nous voulons créer une semblance et durabilité à nos efforts de plantation. Cette activité doit imiter et suivre le processus naturel.

Le but de l’agriculture biologique est de cultiver des produits avec des procédés naturels, qui à la fois protègent et améliore la santé du consommateur. Etre responsable économiquement et socialement parlant, sont des principes que suivent les agriculteurs pratiquant la forêt analogue et cultivent des produits « Forest Garden Products ». C’est en mettant en avant ce type de produits et en générant une demande, que les consommateurs peuvent ainsi aider à diminuer les pressions courantes sur la planète et jouer un rôle dans sa restauration ».

Auteur : Dr Ranil Senanayake, docteur scientifique de FGP. Sri-lankais, Ingénieur agronome, docteur en océanographie, en ecologie, etc. Il a participé à la mise en place de la NASAA, qui était le permier certificateur biologique en Asie. Il s'est rendu compte que les critères biologiques n'étaient pas suffisants et qu'il fallait aller au delà. C'est ce que le certificateur international FGP fait : restaurer les écosystèmes d'origine, les coraux, etc