A Noël toutes les villes sortent leurs habits de lumières. La tradition s'impose : il faut éclairer, et ce souvent de plus en plus tôt et prolonger parfois jusqu'aux soldes. De quelques jours autour de Noël, on passe désormais à 31 jours à Paris ou Bordeaux, et jusqu’à 56 jours à Lyon. L'impact de l'ensemble de cet éclairage public évènementiel à l'échelle de la France n'est pas négligeable, d'un point de vu de la consommation mais aussi de l'investissement qui pèse sur les communes. Certaines aimeraient bien que les associations de commerçants mettent la main à la poche au motif qu'une rue animée est forcément plus attrayante pour son activité économique. Mais ce n'est pas si simple. D'autant qu'en matière d'éclairage il existe des modes. Les majeurs du secteur de l'enseigne lumineuse (et notamment la société Blachère, leader européen) renouvèlent leur catalogue au rythme des "collections" en faisant appel à des artistes en résidence ou de grands talents tels que Matali Crasset. L'éventail des couleurs est incroyable , des camaïeux aux ambres, en passant par le pourpre, les variétés de bleus et mais aussi de blancs, des dorés aux glacés. La lumière devient un phénomène éphémère comme la haute couture ou le prêt à porter, avec des investissements qui eux pèsent sur le budget des communes sur plusieurs années !



La nouvelle tendance est quand même à l'écologie, avec l'arrivée massive des leds, ces diodes électro-luminescentes, qui consomment 5 fois moins, durent 10 fois plus longtemps (une led a durée de vie moyenne de 50 000 heures) et avec un coût d’entretien dérisoire (électronique, elle s'allume directement sans chauffe de filament). La société Blachère a réalisé une étude comparative sur la base d'une commune de 50 000 habitants, éclairant ses illuminations 6 heures par nuit pendant 45 jours, soit 270 heures. A niveau équivalent d'équipements, passer de l'incandescent à la LED permet de réduire de 1400 watts à 330 la consommation d'électricité et de 5 tonnes à 1 tonne l'émission de CO2. C'est quand même mieux pour la planète ! A condition de ne pas en abuser pour accroitre l'espace éclairé et la durée de l'évènement :)

Depuis que Paris les a installées sur les 2,4 kilomètres de l’avenue des Champs Elysées , l'économie réalisée est de 70 à 90 % d’électricité en moins qu'avec les ampoules traditionnelles.

Grace à son concept « Paris illumine Paris » la mairie de Paris investit environ 1 million d'euros soit 30 % à 35 % de l'enveloppe global évènementiel et lui permet , en synergie avec la mobilisation d'une soixantaine d'associations de commerçants (soit plus de 5000 commerçants mobilisés), l'office de Tourisme et la CCI, de faire appel à un directeur artistique pour coordonner la mise en lumière de plus de 125 rues et places. Car la cohérence est aussi vitale pour donner du cachet à un centre ville et attirer les foules.

L'implication des habitants est plus compliquée. La plus belle réussite revient évidemment à Lyon, ville de lumière chaque année début décembre lors de la Fête des Lumières et théâtre des plus belles scènes rivalisant d'audaces et d'ingéniosité du coté des scénographes.

Et l'écologie dans ses illuminations de Noël ?

Passer de l'éclairage classique à la LED oui mais pousser à la consommation, est ce la solution ?

Parmi les précurseurs, Stéphane Lavieille scénographe spécialiste de la lumière, à pointé très tôt le gaspillage réalisé sur les scénographies lors des évènements de fin d'année. Entre 2002 et 2005, j'avais alors en charge entre autres le pilotage de la manifestation Soleils d'hiver à Angers. Et pour mettre en scène le centre ville, j'ai conseillé à la Mairie d'Angers de faire appel au talent de ce scénographe angevin.



Extrait du dossier de presse soleils d'hiver 2005, avec l'interview de Stéphane Lavieille, fondateur et gérant de la société KREAT à Angers, et réponse à la question : Comment concilier lumière et économie d'énergie ?

"Installée à Soucelles, près d'Angers, la société Kréat a acquis une belle notoriété sur les plateaux de télévision des grandes chaînes nationales. De plus en plus de producteurs font appel à elle pour assurer le meilleur éclairage, dans des conditions optimum et au meilleur coût. Cette équation a été résolue par Stéphane Lavieille qui utilise des systèmes à faible consommation électrique, aux faibles dégagements de chaleur et sans émission de rayons UV, avec en prime un recyclage à long terme. L'idée lui est venue d'utiliser la même technologie pour mettre en scène en extérieur une animation architecturale et urbaine. Pour y parvenir, il a utilisé des projecteurs de haute technologie qui s’inscrivent totalement dans l’idée de préserver notre planète. Idée que ce jeune éclairagiste a développée avec succès à l'occasion des Soleils d'hiver 2004. Une belle opportunité pour la Ville d'Angers qui s'attachait à concilier lumière et économie d'énergie. « Là où une projection demandait 2000 W, nous avons une consommation de 60 W qui peut même descendre jusqu'à 40 W voire 20 W." Explication du spécialiste : "jusqu'à présent les sociétés proposaient uniquement des décors lumineux à base de Leds de faible puissance, monochromes, non programmables, utilisés plutôt à des fins de signalétique pour proposer des motifs figés. La projection sur le chevet de la Cathédrale à Angers lors de Soleils d'hiver utilisait alors 12 projecteurs de 50 cms avec chacun 54 leds, ces diodes permettant une combinaison de 16 millions de couleurs, (il s’agit de trichromie additifs), divisant au minimum par 10 et maximum par 30 de la consommation électrique et par 8 de la production de chaleur". Une vision avant gardiste qui depuis à permis à d'autres sociétés d'investir ce créneau. Mais il reste encore à faire au regard des budgets publics accordés chaque année à la mise en scénographie du coeur des villes.

En dehors du coté évènementiel, que penser des enseignes lumineuses qui restent éclairées toute la nuit, alors qu'aucun client ne fréquente les rues piétonnes, avec en plus le recours au néon très énergivore et polluant ?
Un groupe s'est constitué pour lutter contre cette pollution lumineuse et le gaspillage d’énergie liée aux enseignes lumineuses qui envahissent nos nuits citadines : le clan du néon. Plus d'informations sur http://www.agirpourlenvironnement.org

Lire sur Abonéobio d'autres articles concernant la consommation au moment de Noël et des fêtes de fin d'année :

++ Pas d'argent à Noël : faites tout vous même !!!
++ Un menu de Noël avec ou sans OGM, selon Greenpeace
++ Noël ses illuminations et ses enseignes lumineuses : polluantes ?
++ Jeu de Noël Cadeaux Ethiques
++ Calendrier de l'avant made in maison
++ Des cadeaux de Noël sitôt achetés sitôt revendus !
++ Moins de sur-emballage, Amazone défait les paquets

Alors pour vous et vos enfants le prochain Noël c'est avec ou sans lumière ?
Personnellement j'aime voir des lumières, mais je pense qu'il faut être responsable et ne pas prolonger l'évènement. Dans les yeux des enfants la lumière brille et fait rêver. En ces temps de crise c'est déjà important d'apporter un peu de rêve. Qu'en pensez vous ?