Son homonymie avec le célèbre et bucolique plateau des Millevaches, dans le Limousin millevaches-aerien.jpg(et accessoirement appartenant au réseau Natura2000), aura certainement entretenu la confusion. Mais la ferme de Ducrat, près d’Abbeville (80) n’a de ferme que le nom. L’exploitation laitière, qui n’est malheureusement plus un projet, vient de tasser 150 vaches à traire dès aujourd’hui avec l’ambition de faire tenir 500 à 900 bêtes dans des box de 7m² . Car c’est bien de gain de place et donc de profit dont il est question dans cette structure.

Au delà du scandale environnemental, de la maltraitance animale, c’est de notre santé dont il est question et le terme même de “consom’action” qui est en jeu.

Tirer les leçons de la situation bretonne et de l’élevage intensif des porcs

Une des premières choses qui met mal à l’aise dans la découverte de cette usine - car oui c’est une usine - c’est apparemment l’absence totale de recul quant aux répercussions et les conséquence sur l’environnement’ d’un tel élevage. En Bretagne, autre région dont le sol est pauvre, balayé, voire carrément lessivé par les pluies (depuis le remembrement opérés dans les années 70), on voit bien que la production de lisiers dans les élevages de porc est une des sources de la pollution de l’eau, avec le ruissellement des nitrates utilisés en agriculture. De fait, l’eau du robinet en Bretagne est rarement considérée comme potable. Mais la Somme est un bassin pauvre, peu d’agriculture et surtout peu d’emploi, alors les industriels et élus locaux qui ont accepté le projet évoquent la perspective des emplois à la clé et de la re-dynamisation économique de la région. Mais jusqu’à quand, et dans quelles conditions? Les riverains ont-ils véritablement envie de vivre dans un environnement dégradé, par les odeurs, la pollution chimique liée à l’usine?

millevaches01.jpg Pire qu’une bête de somme, une bête dans la Somme

Le second point de contradiction avec le développement d’une agriculture à défaut d’être bio, ou raisonnée, mais juste “humaine” est la taille des box pour ces animaux : 7m², selon les informations. C’est encore moins que le minimum “vital” concédé aux hommes pour vivre dans un appartement (9m²) et la vache a rarement la corpulence d’un être humain!! On peut alors légitimement parler de traitement inhumain! L’association Novissen, qui milite pour l’abandon du projet depuis le début, alerte sur son site que cette concentration animale entraînera invariablement des épidémies, des abattages en masse suite à la mutation de virus, souvent dû à l’utilisation d’antibiotiques. “Ces bêtes, emprisonnées à l'année dans des conditions de vie contraires à leurs besoins physiologiques naturels, au régime alimentaire modifié pour produire au maximum, donneront un lait industriel, puis une viande de réforme, de piètre qualité. Pour les nourrir artificiellement, au lieu des pâtures favorables à leur bien-être et au bon équilibre général, il faudra des aliments importés (sans parler des OGM) ou poussant chez nous avec engrais chimiques et pesticides.” peut-on lire sur leur site.

http://www.novissen.com

Vers un nouveau scandale sanitaire? Veau aux hormones, poulet à la javel, maladie de Kreutzfeld-Jacob, nourriture OGM… La génération née avec l’ère de l’agro-alimentaire industrielle a vu exploser les maladies liés à la surexploitation animale et le profit économique. Produire plus d’animaux à abattre pour nourrir une population finalement de moins en moins “à cheval” sur la qualité. Or il semble désormais acquis que la “malbouffe” a induit le développement de l’obésité dans les pays dit “civilisés”. Depuis 1999, des études relayées par la direction générale de la santé au niveau européen, démontrent la relation entre les viandes aux hormones et le développement de certains cancers, ou la maladie de Parkinson. Bien que les lobbys de l’agro-alimentaire emploient une énergie phénoménale pour conclure que “non le bio n’est pas mieux en termes nutritionel”, nous devinons aisément que se passer de produits chimiques retrouvés dans notre nourriture industrielle nous fera certainement plus de bien que de mal.

http://ec.europa.eu/dgs/health_consumer/library/press/press24_fr.html

vaches_laitieres_ferme_experimentale_thiverval_grignon.jpg Je pense donc je suis. Je consomme, donc ils sont.

La faible couverture médiatique accordée à cette “usine à vache”, hormis dans les rédactions locales régionales, nous a bien évidemment interpellé. Un très bon documentaire diffusé sur France 5 cette semaine et la mobilisation des militants a permis de mettre un peu plus en lumière l’absurdité de l’exploitation.

L’homme d’affaire et les industriels à l’origine de cette super-ferme se défendent pourtant en arguant de l’obtention d’un lait “homogène”, “standardisé” afin de répondre à la demande des consommateurs. Alors quoi? est-ce bien ce que nous souhaitons? Des produits “standards”, sans goût, au détriment de notre santé, de notre environnement? Le terme de consom’action, né dans les années 2000, doit nous rappeler que dans une société dirigée par la loi du profit, de l’offre et de la demande, ce que nous achetons et ce que nous consommons est un acte militant en soi. Cette usine a vu le jour puisqu’il a été convenu que le projet était économiquement viable. Si les acheteurs décidaient de boycotter les marques qui s’approvisionnerait de lait ou de viande provenant de cette usine alors nous aurions la preuve que nous pouvons changer les choses! Sur le net, des informations commencent à circuler concernant certaines marques qui auraient prévu ou commandé le lait issu de cette usine.

Deux pétitions sont actuellement en cours , une lancée par l’association Novissen, l’autre par la Confédération Paysanne http://www.avaaz.org/fr/petition/Interdire_la_creation_de_la_plus_grande_fermeusine_de_France//?tta

http://enviedepaysans.fr/signez-lappel-des-fermes-pas-des-usines/#.Uj2coy1OIif

Enfin, pour plus d'infos, le documentaire de France 5 sur pluzz: http://pluzz.francetv.fr/videos/elevage_intensif_attention_danger_,108568407.html et sur Youtube http://youtu.be/hFE_Ezq1kYI